Thèse soutenue

‘‘Cohabiter en cuisine’’ : Le genre dans l’intégration conjugale alimentaire des jeunes adultes

FR  |  
EN
Auteur / Autrice : Angèle Fouquet
Direction : Séverine Gojard
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sciences sociales
Date : Soutenance le 18/11/2021
Etablissement(s) : université Paris-Saclay
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Agriculture, alimentation, biologie, environnement, santé (Paris ; 2015-....)
Partenaire(s) de recherche : graduate school : Université Paris-Saclay. Graduate School Biosphera (2020-....)
Laboratoire : Centre Maurice Halbwachs (Paris) - AgroParisTech (France ; 2007-....)
Jury : Président / Présidente : Emmanuelle Santelli
Examinateurs / Examinatrices : Emmanuelle Santelli, Céline Bessière, Marc Bessin, Philippe Cardon
Rapporteurs / Rapporteuses : Céline Bessière, Marc Bessin

Mots clés

FR  |  
EN

Résumé

FR  |  
EN

S’inspirant de travaux anglo-saxons, cette thèse décrit le processus d’« intégration conjugale alimentaire », c’est-à-dire de mise en commun de la gestion domestique et des représentations associées à l’alimentation chez les jeunes couples de jeunes adultes s’installant en cohabitation conjugale, et l’évolution des rapports conjugaux de genre au cours de cette étape. Elle questionne ce qu’est la construction conjugale, le rôle qu’y joue l’alimentation, ses spécificités chez les jeunes adultes et sa participation à la production du genre.L’enquête a consisté en entretiens parfois réitérés auprès des deux partenaires de 26 couples hétérosexuels de jeunes adultes (18-30 ans), sans enfant et récemment installé·es en cohabitation. Elle était épaulée par des éléments de saisie concrète des pratiques (fiches biographiques, tickets de caisse et listes de courses récentes, observations).L’analyse montre d’abord le caractère précoce, important et spécifique de l’alimentation dans l’ « intégration conjugale », du fait de la relative valorisation sociale de certaines activités alimentaires. L’ « intégration domestique alimentaire », qui désigne plus précisément la mise en commun routinisée des tâches domestiques de gestion alimentaire, est plus tardivement enclenchée, notamment par la cohabitation, au nom de différentes normes alimentaires de la conjugalité cohabitante. Ceci invite à tenir compte de l’effet de la valorisation sociale de l’activité considérée sur le rythme et la forme de son intégration conjugale, et à distinguer l’intégration des pratiques de celle des routines domestiques et des représentations.Car l’analyse montre ensuite que la vie commune induit une socialisation conjugale alimentaire produisant un « nomos conjugal alimentaire », ou monde de représentations commun aux partenaires qui, chez les jeunes adultes, s’articule au processus de questionnement des pratiques alimentaires « adultes ».Elle constate alors que la norme conjugale de délégation des activités domestiques conduit à la spécialisation progressive des partenaires. Sous l’impulsion égalitariste, cette spécialisation repose sur le « laisser-faire », donc sur les préférences, compétences et exigences, autrement dit sur la réactivation des savoir-faire et attentes incorporées au cours de socialisations antérieures, et de facto souvent genrées.Après cette description du processus d’intégration conjugale alimentaire, l’analyse détaille l’« ordre alimentaire genré » conjugal chez les jeunes adultes. Elle montre que les consommations alimentaires sont genrées (via les injonctions corporelles et de santé différenciées et le marquage genré des aliments) et que la cohabitation rapproche donc les alimentations au prix de spécialisations genrées dans les préoccupations. Elle constate ensuite des répartitions des tâches alimentaires moins caricaturales que les répartitions « traditionnelles », ce qui pourrait aussi bien traduire une évolution du genre qu’un effet de cycle familial. Alors, elle discute l’hypothèse de la « dégenrisation » de la cuisine chez les partenaires les plus impliqué·es.Enfin, cette recherche explore comment le genre se développe dans l’alimentation selon la classe et l’âge. Elle montre que le degré de fusion alimentaire dépend de la position sociale du couple et de l’âge des partenaires, et que le genre consiste intrinsèquement en un rapport d’âge et de classe entre les partenaires. Ainsi, les implications d’hommes dans les tâches alimentaires sont souvent associées à de l’hypergamie d’origine, de diplôme ou de statut, et à un écart d’âge relativement faible.