Thèse en cours

Métaphysique de l'attention : la connaissance par transformation de soi selon Simone Weil

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Auteur / Autrice : Paul Ducay
Direction : Paul Clavier
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Philosophie
Date : Inscription en doctorat le 05/11/2025
Etablissement(s) : Université de Lorraine
Ecole(s) doctorale(s) : SLTC - SOCIETES, LANGAGES, TEMPS, CONNAISSANCES
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : AHP-PReST - Archives Henri Poincaré - Philosophie et Recherches sur les Sciences et les Technologies

Résumé

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L'accès à la connaissance métaphysique est philosophiquement démontrable en repensant la pertinence de l'intuition intellectuelle à partir du modèle fourni par la théorie de l'attention selon Simone Weil (1909-1943). La critique kantienne repose sur un postulat maximaliste : définir l'intuition intellectuelle comme nécessairement immédiate conduit à conclure de son absence de fait chez l'homme à son impossibilité de droit. Notre thèse est que ce postulat tombe dès lors qu'on distingue la directivité de l'intuition de son immédiateté : une intuition directe mais non immédiate peut être médiatement acquise, c'est-à-dire obtenue au terme d'un processus de transformation du sujet connaissant. C'est ce processus que Simone Weil présente comme un travail, capable d'assurer le passage de l'« attention discursive » ou rationnelle à l'« attention intuitive » ou spirituelle. Ce schème implique une révolution de pensée, par laquelle Weil oppose un modèle attentionnel au paradigme intentionnel dont nous retraçons la généalogie, du Moyen Âge tardif à l'époque moderne. Tandis que le paradigme intentionnel réduit l'attention à un acte intentionnel, où connaître n'est rien d'autre que constituer l'objet par les actes du sujet — jusqu'à son aboutissement idéaliste —, le modèle attentionnel inverse ce rapport selon un réalisme nouveau : l'attention n'est pas une visée mais une réceptivité active, et c'est la résistance de l'objet, réel et non constitué, qui transforme le sujet en le disposant progressivement à la contemplation. La contemplation métaphysique est donc possible au terme d'un travail dont elle est l'achèvement. Un tel travail suppose alors des conditions libres ou « non-serviles » d'exercice, de sorte que les formes sociales de l'oppression se présentent non seulement comme des obstacles économiques à surmonter, mais surtout comme des obstacles noétiques. Cette réévaluation noétique permet, sur le plan gnoséologique, de refonder la possibilité apodictique de la métaphysique après le tournant critique ; et sur le plan doxographique, d'expliquer l'unité des dimensions mystique et politique de l'œuvre weilienne. Le sens même de la connaissance s'en trouve mis en question : parce qu'elle est contemplation intuitive médiatisée par le passage à la limite des opérations discursives, la connaissance métaphysique n'instituerait-elle pas, plutôt qu'une science — fût-elle première —, un mode de connaissance distinct de la connaissance scientifique ?