Thèse soutenue

Contraintes phonétiques articulatoires et socio-culturelles dans la voix chantée : le cas du /t/ intervocalique dans la musique populaire britannique des années 1980

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Auteur / Autrice : Coline Caillol
Direction : Emmanuel Ferragne
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Linguistique anglaise
Date : Soutenance le 14/11/2025
Etablissement(s) : Université Paris Cité
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Sciences du langage (Paris ; 2019-2025)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Approches Linguistiques Théoriques, Appliquées et Expérimentales : langues et cultures connectées (Paris ; 2005-....)
Jury : Président / Présidente : Jane Stuart-Smith
Examinateurs / Examinatrices : Sylvain Navarro, Joan C Beal
Rapporteurs / Rapporteuses : Jane Stuart-Smith, Claire Pillot-Loiseau
DOI : 10.70675/cd05773ez44c6z4737z9ec7z77b99aff3bfd

Résumé

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A la croisée de la sociophonétique, des études sur les musiques populaires et de la phonétique expérimentale, cette thèse vise à étudier un phénomène désormais bien identifié dans le domaine de la recherche sur la voix chantée : la tendance des artistes britanniques de musique populaire à adopter une prononciation influencée par un accent américain lorsqu'ils chantent, mais pas lorsqu'ils parlent. Le premier volet, sociophonétique, de cette thèse propose une analyse quantitative des productions musicales britanniques (notamment dans le heavy metal traditionnel et la pop) des années 1980, une décennie marquante pour la création et la commercialisation de la musique populaire. L'étendue de cette modification de l'accent sera étudiée, avec une attention particulière à l'articulation du /t/ intervocalique. En tant que variable sociolinguistique, la réalisation de ce trait phonétique sous forme de battue (plus proche à l'oreille d'un [d] que d'un [t] occlusif prototypique) constitue à la fois un indice d'identité américaine, ainsi qu'un marqueur de conformité à des normes de prononciation supra-locales standardisées dans la musique populaire et connues sous le nom de Pop Song English. Dans cette première partie, des facteurs d'ordre socioculturel ' dont la domination américaine de l'industrie musicale, l'importance des influences musicales et les expressions d'identité conflictuelles qui en résultent ' sont examinés. Une analyse acoustique d'autres variables phonétiques (les voyelles de TRAP et LOT), ainsi qu'une étude sur l'évolution de la perception du /t/ auprès de locuteurs britanniques viennent compléter l'ensemble et l'inscrire dans une approche globale. Le deuxième volet, en phonétique articulatoire, explore une potentielle cause complémentaire menant à la réalisation du /t/ intervocalique en battue chez des artistes britanniques : les contraintes phonétiques qui distinguent la parole de la voix chantée. Une approche expérimentale novatrice dans l'étude de la musique populaire utilisant plusieurs méthodes d'imagerie dont le lip-tracking, l'électropalatographie (EPG) et l'imagerie par résonance magnétique (IRM) est proposée avec la participation de cinq chanteurs britanniques professionnels. Ces techniques permettent d'étudier successivement l'ouverture labiale, le contact de la langue avec le palais, et la configuration générale du conduit vocal, afin de tester l'influence de facteurs tels que la hauteur de la voix et la durée des phonèmes sur l'articulation dans le chant. L'hypothèse sous-jacente est que plus les conditions sont extrêmes (e.g. recours au registre aigu caractéristique du heavy metal), moins elles favorisent une occlusion nette de la langue contre la zone alvéolaire, et plus la réalisation du /t/ tend vers une prononciation en battue. Ainsi, la modification linguistique observée entre la parole et le chant découle peut-être également d'une stratégie de simplification articulatoire lors d'une activité complexe à bien des égards. Les résultats montrent que l'adoption par les chanteurs britanniques des années 1980 du /t/ battu dans le chant s'explique à la fois par une orientation socio-indexicale vers le modèle américain et les normes de prononciation de la pop, ainsi que par des ajustements articulatoires propres au chant. Ils révèlent également que, dans ce cadre, la variation individuelle, aussi subtile soit-elle sur le plan articulatoire, demeure marquée, qu'elle s'exprime à travers des attitudes personnelles ou par des stratégies physiologiques spécifiques.