To buzz or not to buzz? Étude cognitive d'emprunts populaires récents (buzzwords) à l'anglais en français
| Auteur / Autrice : | Aliénor Jeandidier |
| Direction : | Denis Jamet-Coupé, Dylan Glynn |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Linguistique anglaise |
| Date : | Soutenance le 20/09/2024 |
| Etablissement(s) : | Lyon 3 |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Lettres, langues, linguistique, arts (Lyon ; 2007-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Centre d'études linguistiques - Corpus, Discours et Sociétés (Lyon ; 2013-....) |
| Jury : | Président / Présidente : Caroline Rossi |
| Examinateurs / Examinatrices : Caroline Rossi, Laure Gardelle, Agnès Steuckardt, Vincent Renner | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Laure Gardelle, Agnès Steuckardt |
Résumé
Cette thèse propose d’explorer un phénomène linguistique rarement étudié : les buzzwords. Qu’est-ce qu’un buzzword ? Littéralement « mot qui bourdonne », « mot de buzz », un buzzword est un mot qui connaît une utilisation soudaine et massive à un moment donné. Ce travail consiste plus précisément à étudier des buzzwords d’origine anglaise en français contemporain – autrement dit, des emprunts populaires récents à l’anglais, susceptibles de rencontrer du succès. En raison de leur statut d’emprunts à l’anglais, les buzzwords d’origine anglaise peuvent théoriquement s’inscrire dans le cadre de la néologie, de l’emprunt et des anglicismes. Notre thèse fait également appel au buzz, phénomène médiatique venant du marketing qui actionne les leviers de la sensation et de l’affect dans le but de faire grand bruit auprès d’un large public. Lier les buzzwords au buzz marketing nous permettra de rendre opératoire la notion de buzzword, en supposant à cet égard un potentiel de variation sémasiologique, doublé d’une propension à actionner des mécanismes propres à provoquer un buzz en discours. Par ailleurs, le sujet des buzzwords d’origine anglaise interpelle : pourquoi les utiliser ? Afin de comprendre pourquoi des buzzwords d’origine anglaise sont utilisés, la présente étude s’attache à expliquer comment ils le sont. Il s’agit de se pencher sur la question de l’association forme-sens représentée ici par des anglicismes qui semblent se démarquer. Pour ce faire, nous employons le modèle basé sur l’usage en linguistique cognitive, à travers l’application de l’approche du profil comportemental. Cette perspective implique que l’association forme-sens d’un signe linguistique est un résultat composite et complexe généré dans des situations de communication toujours nouvelles, desquelles émergent les structures linguistiques. La structure sémasiologique d’un mot est ainsi conditionnée par divers facteurs. La méthode choisie permet d’allier quantification et sémantique, en adoptant une démarche ascendante à partir des analyses directement effectuées sur les occurrences en contexte. Il convient ensuite de faire émerger des patterns d’usage au moyen de statistiques exploratoires. Deux corpus du Web 2.0 s’étendant de 2004 à 2019 (CanalBlog et French Web 2017) ont été sélectionnés pour recueillir et analyser les occurrences de cinq items d’origine anglaise : les lexèmes fake, spoil, washing, et les morphèmes lexicaux liés e et ing. Les résultats montrent que certains usages de ces emprunts à l’anglais tendent vers le buzz, en actionnant les leviers de l’hyperbole, de la valence (positive ou négative) et du scandale. Ceci concerne notamment fake, washing et ing. Cependant, d’autres usages au sein d’une même forme sont plus neutres, voire tendent davantage vers la technicité. C’est le cas de e , lequel va se retrouver fréquemment associé à des usages d’ordre utilitaire. Certains usages sont cantonnés à des domaines de discours spécifiques : spoil, exclusivement utilisé dans le champ du divertissement, ce qui limite potentiellement sa variation sémasiologique. En somme, le statut de buzzword est flou et mobile, caractérisé par certains usages faisant régulièrement appel à des mécanismes discursifs particulièrement expressifs. Appliqué à des emprunts à l’anglais, un tel statut pourrait expliquer pourquoi recourir à ce type de mots en discours. En effet, c’est la façon dont ces anglicismes sont utilisés qui leur confère une charge sémantique plus expressive. Un mot, et a fortiori un emprunt à l’anglais, n’est donc pas un buzzword en soi : il s’agit plutôt d’une configuration d’usages qui fait le buzzword.