Thèse soutenue

Le chant du cygne : approche exploratoire des répercussions cliniques de la lucidité terminale

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Auteur / Autrice : Maryne Mutis
Direction : Renaud EvrardMarie-Frédérique Bacqué
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Psychologie
Date : Soutenance le 09/12/2022
Etablissement(s) : Université de Lorraine
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale SLTC - Sociétés, Langages, Temps, Connaissances (Lorraine)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Interpsy-ETIC (Metz ; 2009-...)
Jury : Président / Présidente : Thomas Rabeyron
Examinateurs / Examinatrices : Renaud Evrard, Marie-Frédérique Bacqué, Alexandra Laurent, Michaël Dambrun, Magalie Bonnet
Rapporteurs / Rapporteuses : Alexandra Laurent, Michaël Dambrun

Résumé

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Contexte. Le projet « Lucideuil » est une thèse ayant pour objectif d'explorer le phénomène de lucidité terminale et ses répercussions cliniques, c'est-à-dire l'effet supposé sur le processus de deuil des familles et sur les pratiques des professionnels. Le phénomène de lucidité terminale consiste en une récupération, totale ou partielle, des fonctions cognitives et/ou motrices d'une personne mourante. Elle survient en général quelques heures, jours ou semaines avant la mort dans le cadre de nombreuses pathologies. Méthode. L'approche centrale a été menée de manière rétrospective auprès de deux groupes confrontés à un épisode de lucidité terminale. Le premier est constitué de familles des patients, l'autre est constitué de soignants. Une vingtaine d'entretiens semi-directifs ont été obtenus dans chaque groupe. Un échantillon a été retranscrit et étudié avec l'analyse phénoménologique interprétative. Les participants ont également rempli un questionnaire permettant d'obtenir des données quantitatives sur le déroulement de l'épisode. Résultats. Du côté des familles, la lucidité terminale entraîne tout un continuum d'implications ambivalentes sur les processus de fin de vie, en permettant de faciliter ou de restreindre la préparation des familles à la perte. Elle peut ainsi permettre une dernière occasion de se préparer au décès en échangeant avec le mourant, tout comme être incompréhensible et source de difficultés en raison de son caractère brutal et énigmatique. Nous avons ainsi proposé les notions de « deuil partagé » et de « deuil hyperbolique » pour rendre compte des deux implications majeures de la lucidité terminale. Du côté des soignants, peut mettre en difficulté certains soignants dans leurs capacités à répondre et investir leur rôle tel qu'ils le conçoivent, là où il a été possible pour d'autres de commencer à intégrer de manière informelle cette réalité clinique. Dans l'ensemble, cette expérience reste une occasion pour les soignants de réintégrer une réflexion sur le soin et sur la place centrale du patient, pouvant ainsi aider à de meilleures prises en charge et une satisfaction professionnelle. Conclusion. Il ressort que la communication autour de la fin de vie et de la mort imminente, permettant alors une inscription de la lucidité terminale comme une étape naturelle du mourir, pourrait faire advenir cette expérience comme une aide plutôt que comme une source de difficultés. Il apparait ainsi primordial de promouvoir une meilleure connaissance du phénomène auprès des équipes soignantes, qui pourront ensuite mieux accompagner les familles en les aidant à s'approprier cet événement, notamment au travers d'explications. Il est également d'importance que les soignants puissent travailler à accueillir la lucidité terminale et ses incertitudes, pouvant ouvrir à des transformations personnelles et professionnelles.