Mobilité temporaire de temps libre : évènement exceptionnel ou routine ?

par Claudine Celhaiguibel

Thèse de doctorat en Aménagement de l'espace, Urbanisme

Sous la direction de Jean-Pierre Orfeuil.

Thèses en préparation à Paris Est , dans le cadre de VTT - Ville, Transports et Territoires , en partenariat avec Lab'Urba (Champs-sur-Marne, Seine-et-Marne) (laboratoire) .


  • Résumé

    Notre recherche s'empare d'une pratique répandue en matière de voyage, mais mal connue dans le monde académique : la revisite. Des exemples immédiats sont ceux de week-ends à la campagne et des séjours dans un appartement situé au bord de la mer ou dans une station de montagne. D'autres comportements récurrents peuvent être évoqués : les visites régulières ou occasionnelles chez un parent, un ami ou dans tout autre lieu que l'on a déjà découvert (en passant, à l'occasion de vacances, parce que l'on y a vécu durant plusieurs années) et que l'on désire revisiter. On peut certes s'y fixer en acquérant une résidence secondaire mais aussi en choisissant un mode d'hébergement temporaire tel que le camping ou l'hôtel que l'on prend plaisir à réinvestir régulièrement. Ces pratiques relèvent de logiques de multi-ancrage (ou multi-résidentialité). Nous supposons que le phénomène de revisite contribue de façon non négligeable à l'intensité avec laquelle les individus quittent temporairement leur domicile principal durant leur temps libre. Ce projet se décline selon trois objectifs. Il s'agit, premièrement, de s'interroger sur la pratique du voyage dans la société contemporaine. La revisite amène à se questionner : elle rompt avec l'image d'un voyage qui serait synonyme de découverte, de changement (or, il s'agit-là d'une image traditionnellement accolée au voyage) ; elle se produit dans un contexte sociétal où l'offre touristique n'a jamais été aussi abondante et diversifiée et l'exotisme, aussi accessible. Pour guider notre analyse, nous avons défini trois « préalables » : le premier a été d'inscrire notre étude dans le courant émergent de l'après-tourisme (ce courant reconnaît l'hybridation des pratiques touristiques dont la revisite est une expression) ; le deuxième, à lier l'hybridation des pratiques touristiques au contexte d'une société dispersée (elle se traduit par l'extension des horizons spatiaux et la possibilité pour les individus de réaliser indifféremment leurs activités dans le proche, le lointain voire le très loin) ; et le troisième, à envisager le voyage non plus comme une seule recherche d'exotisme mais comme une forme de mobilité (s'agissant ici de mobilité temporaire de temps libre). Le deuxième objectif est d'utiliser les enseignements produits à l'échelle individuelle pour préciser la nature des flux que s'échangent les territoires. Se soulève la question de l'attractivité des territoires. L'approche traditionnelle consiste à comptabiliser le nombre de voyages ou de nuitées réceptionnés par un territoire donné. La revisite permet de qualifier ces flux. Il ne s'agit plus seulement de savoir si un territoire réceptionne une certaine volumétrie de flux mais s'ils sont le fait de mêmes personnes ou de personnes distinctes. Ce glissement amène à questionner la capacité des territoires à faire revenir des visiteurs (fidélisation). Quant au troisième objectif, il consiste à proposer une méthode quantitative pour évaluer la revisite. A notre connaissance, il n'y a pas à ce jour d'étude mesurant l'importance de la revisite parmi l'ensemble des voyages entrepris tant au niveau individuel qu'au niveau territorial. Nous nous sommes tournés vers des données de panel. Notre analyse empirique a été réalisée à partir des données issues du panel du Suivi de la demande touristique (SDT ; Direction du tourisme / TNS Sofres). Notre échantillon, représentatif de la population des 15 ans et plus résidant en France métropolitaine, se compose de 5.300 personnes qui ont renseigné mois après mois, pendant quatre ans, plus de 70.000 séjours (déplacements incluant au moins une nuit hors domicile). Les données constituent ainsi un matériau à partir duquel nous avons pu construire notre démarche empirique.

  • Titre traduit

    “Spare-time” Tempory Mobility: Special Event or Routine?


  • Résumé

    Our research is about a touristic practice: “repeat visitation”. There are two preliminariy conditions: first, the visit must include at least one overnight stay; second, it must be done during one's spare time). Week-ends in the country, regular sojourns at the seaside or at a mountain resort are well-known examples. Other recurrent situations could be mentioned: regular or occasional visits to family or friends' or to any places that were discovered once during one's lifetime (incidentally, on holiday, because people had been living there for several years) and some future visit was contemplated. It could be a place where one wants to settle by acquiring a second-home or by opting for a temporary accommodation such as a caravan or a hotel that people are pleased to live in on a regular basis. Such practices refer to multiple dwelling. We assume that such repeat visitations play a rather significant role in assessing the frequency of travels during people's spare time. Our research is oriented towards three objectives. First, it involves evaluating the way people travel in the modern society on a global scale. We can ask ourselves lots of questions about recurrent visits. On one hand, it is at the reverse of usual way of thinking about tourism. In the collective imagination, tourism is not routine but novelty seeking. On the other hand, it has never been so easy to take a trip and tourism offers have never been so numerous. To reach this first objective, we have defined three prerequesites. The first one has consisted in inscribing our research in the post-tourism thinking (i.e. acknowledging the hybridization of tourism practices for which repeat visits is a form of expression). The second prerequisite has been to link the hybridization of practices of tourism to the context of the dispersed society (it means the expansion of the spatial horizons and the possibility for people to carry out their activities what ever the location is: near home, away or far away). According to the last prerequisite, tourism is less a way of seeking novelty but a kind of mobility (i.e. temporary mobility during one's spare time). The second objective of our research is to use the results we produce at the invidivual level to learn more about regions and the way in which they get involved in temporary mobility system. This objective is about evaluating the relative tourism attractiveness of various regions. The usual way of assessing movement intensities is to aggregate the number of moves (or nights) that a region could capture over a fixed period. While considering regular travels, we focus on the number of movers. It could be then possible to measure how many regular visitors a given region is capturing. Such results allow us to learn more about destination loyalty. The last objective was to propose a quantitative method to measure repeat visitation. To the best of our knowledge, there has not been any previous research that assesses the weight of repeat visitation among the travels done individually or the movements captured by a given region. To conduct such analysis we used panel data. The data we have worked on are extracted from “Suivi de la demande touristique” panel (Direction du tourisme / TNS Sofres). Our sample (representative of the population of the age of 15 and over living in France) is made of 5.300 individuals who monthly declared over 70.000 trips over a four-year period. Such data composes the materials used to construct our analysis.