Thèse en cours

J'accuse !... Jacques v Jacques Crise et confusion dans la critique d'art et l'esthétique

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Auteur / Autrice : Kim Mereine
Direction : Jean-Marie SchaefferJustin Clemens
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Arts et langages
Date : Inscription en doctorat le 31/01/2012
Etablissement(s) : Paris, EHESS en cotutelle avec University of Melbourne
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales

Résumé

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« ‘L’esthétique’ est le nom d’une confusion », a expliqué le philosophe français renommé Jacques Rancière au tournant du nouveau millénaire. Entretemps, outre Atlantique, à la table ronde octobre sur « Les conditions actuelles de la critique d’art », la conservatrice américaine Helen Molesworth a déclaré sans ménagement « Je suis toujours désorientée ». En même temps, de grands défenseurs à la foi de l’esthétique et de la critique d’art se sont unis sous la bannière de Critical Mess (Le désordre critique) — une anthologie introduite par l’annonce (révélatrice) suivante : « Pourquoi ‘désordre’ plutôt que ‘crise’ ? » Parce que « la situation est … désespérément confuse ». Pendant les deux décennies suivantes, ce chœur de confusion a continué, résonnant des échos d’un chant de crise encore plus ancien qui a été hurlé au travers des océans et des siècles. Aujourd’hui, cette littérature du 21e siècle s’identifie comme inévitable, intraitable et déroutante. Qu’y a-t-il donc à faire ? Devons-nous simplement nous retirer devant cette confusion « désespérément » confuse ? Ou bien « continuer » en prétendant ne pas la voir ou l’entendre, quelles qu’en soient les conséquences ? Que risquons nous exactement par notre complicité et notre retrait ? Cette thèse relève le défi d’examiner la confusion émergente du 21e siècle, de façon à déterminer ce qui est en jeu quand nous unissons nos voix à ce chœur. Bien qu’elle ne suive pas la grande tradition de l’esthétique en annonçant la prochaine révolution copernicienne, elle propose en effet un retournement. Les confessions contemporaines de confusion peuvent résonner comme un appel « désespérément confus » pour une nouvelle direction – elles peuvent même avoir le ton d’un deuil prolongé et compliqué pour une solution définitive qui n’arrive jamais – cependant, la confusion est déjà une solution dangereuse. Elle demande une attention urgente. Par l’examen de la confusion et l’analyse critique des philosophies exemplaires et conflictuelles de Jacques Derrida et Jacques Rancière, cette thèse explique non seulement ce qui se produit au sein de la confusion et pourquoi cela arrive, mais aussi comment cela se passe par l’intermédiaire d’une analyse structurelle complexe. Elle révèle la configuration cachée-mais-pas-cachée de la confusion : elle distille sa dialectique ; elle entend sa forte invocation morale à la « différence » et à « l’inclusion » ; elle expose ses provocations cachées et ses questions « impossibles », de même que ses stratégies violentes pour confronter cette difficulté – y compris son « jeu libre » parodique qui dissimule ses limites. Par la cristallisation des implications de la confusion, cette thèse s’adresse à la menace de cet instrument du 21e siècle – sa répression et sa conversion forcée de toutes traces de différence dans son administration singulière, sous l’apparence même d’un accueil de la différence. Au cœur de cette thèse est un rejet de l’impossibilité de traiter la confusion, qui est un retrait critique qui prétend être le seul avenir possible. Et ceci accompagné d’une curiosité pour les configurations alternatives qui enrichissent déjà l’art, la critique et l’esthétique.