L'origine technique des valeurs morales
| Auteur / Autrice : | Alexiane Przybyl |
| Direction : | Thierry Menissier |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Philosophie |
| Date : | Inscription en doctorat le 16/09/2026 |
| Etablissement(s) : | Université Grenoble Alpes |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale de philosophie |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : IPhiG - Institut de Philosophie de Grenoble |
Mots clés
Mots clés libres
Résumé
Le développement et l'utilisation récente de l'intelligence artificielle au quotidien mettent la question de la valeur des objets techniques au coeur de débats éthiques. La littérature qui s'est développée sur cette question se construit généralement sur un même présupposé : si l'IA témoigne régulièrement de comportements immoraux (rappelons par exemple le « sexisme » de l'algorithme de recrutement d'Amazon, ou bien le « racisme » des voitures autonomes de Google), ce n'est pas parce qu'elle est, en elle-même, immorale, mais parce que les bases de données à partir desquelles elle élabore son algorithme par apprentissage automatique sont elles-mêmes biaisées. L'IA, en tant qu'objet technique, ne porterait donc aucune valeur en elle-même ; elle ne ferait que répéter et amplifier des préjugés d'origine humaine. C'est cette affirmation que nous proposons de contester, en opposition avec la thèse traditionnelle instrumentaliste de la technique. Selon cette conception, la technique, en tant qu'ensemble des savoir-faire et des objets produits par l'être humain, est un moyen axiologiquement neutre. Toute teinte morale ne tient que dans la conception ou l'intention qui la précède (comme c'était le cas pour le « racisme » de la voiture autonome Google, qui avait à disposition une base de données tronquées) ou bien dans son usage (nous pouvons mentionner les algorithmes de reconnaissance faciale, qui peuvent être utilisés ou bien pour identifier plus vite une victime d'enlèvement, ou bien pour permettre une surveillance de masse des citoyens). Contre cette conception traditionnelle donc, nous défendons l'idée que non seulement les objets techniques sont porteurs de valeurs morales, mais en plus qu'ils sont l'origine des valeurs que nous adoptons. Cette thèse s'inscrit en continuité avec celle de la « TAC », de la Technologie comme Anthropologiquement Constitutive et Constituante, nommée ainsi par Pierre Steiner et dont Bernard Stiegler est désigné comme le fondateur par son ouvrage La technique et le temps. En définissant l'homme par son absence d'origine, son incomplétude, Stiegler fait de lui un être « prothétique », dont la nature est « de se dénaturer » par la technicité. L'homme en tant que tel naît donc avec la technique, en même temps que la technique naît avec l'homme. Dans cette optique, la technique, loin de se réduire à une simple médiation, est identifiée comme cause constitutive de l'être humain en tant que tel et du temps dans lequel il s'inscrit. Si la technique, selon cette école, est bien l'origine constitutive de ce qu'est l'être humain, elle ne lie pas cette origine à une réflexion sur la morale. C'est ce que nous proposons dans ce travail, afin de mettre au jour l'origine technique des valeurs morales de l'être humain : si l'intelligence de ce dernier est conditionnée par la technique, comme l'affirme Pierre Steiner dans la lignée des travaux d'André Leroi-Gourhan et Bernard Stiegler, alors il convient de postuler également le conditionnement des valeurs morales que l'homme conçoit par les objets techniques qu'il manipule. Notre objectif est de prouver qu'indépendamment des intentions de leurs constructeurs, les objets techniques, par leur technicité, s'inscrivent bien toujours dans un ordre normatif propre, qui influence la société dans laquelle ces objets sont insérés.