Thèse en cours

Classification et marché du vin

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Auteur / Autrice : Adrien Garrigou
Direction : Ronan RaffrayMatthieu Bera
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Droit privé et sciences criminelles
Date : Inscription en doctorat le 15/01/2026
Etablissement(s) : Bordeaux
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale de droit
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : INSTITUT DE RECHERCHE EN DROIT DES AFFAIRES ET DU PATRIMOINE

Mots clés

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Résumé

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S'il est un questionnement classique et commun aux sciences sociales, c'est bien celui des structures cognitives des perceptions et actions humaines. Pour étudier celles-ci, les classifications offrent un terrain particulièrement concret des agencements et des effets de ces catégories cognitives sur le réel, notamment sous la forme la plus nette du droit. Lorsqu'on parle d'un bien dont les classifications ont une valeur symbolique (elle-même hautement variable), un objet paraît particulièrement significatif : le vin. Quelles différences fait-on entre un « petit vin » et un « grand vin », entre un vin avec ou sans appellation, et comment ces classifications produisent-elles des effets (prix et volumes) sur le marché ? Cette enquête part de ces questions communes qui renvoient à l'importance des structures cognitives d'un marché complexe (plus de 350 AOC viticoles en France) et mondialisé. S'il est ainsi d'usage de distinguer un « Ancien Monde » où ce sont les appellations et les indications géographiques qui dominent, et un « Nouveau Monde » plus attaché à une marque et aux cépages qu'aux lieux de production, il sera ici question d'interroger cette vision binaire. Toujours dans une perspective comparatiste, il s'agira également de mettre en perspective et de relier les opérations de classifications vinicoles aux mouvements de classification touchant d'autres domaines (biologie, botanique, politique, etc.). Pour ce faire, notre enquête prendra deux directions principales : d'une part, une étude historique des diverses classifications selon les pays et les régions avec une emphase sur la France ; d'autre part, une étude ethnographique des différents agents composant un « monde du vin » depuis les vignerons, négociants, cavistes, critiques, consommateurs. Dans la première, il s'agit d'envisager les appellations et les autres labels comme des constructions historiques et juridiques alors que pour des raisons assez évidentes, chaque appellation produit l'histoire d'elle-même, souvent dans une perspective de célébration. Dans la seconde, il s'agit d'analyser les effets économiques et sociaux de catégories juridiques ou encore comment le droit façonne les représentations et les conduites. Ainsi quand on consomme un vin d'appellation, on boit sans doute « du vin », mais aussi un label complexe défini par le droit, qui selon les usages définit régulièrement le produit par métonymie (un bordeaux, un bourgogne, un champagne) auquel peut s'ajouter encore d'autres classifications comme la marque (domaniale, négoce, coopérative), labels environnementaux (haute valeur environnementale, biologique, biodynamique) et de nombreuses mentions traditionnelles (blanc de noirs, vendanges tardives, sélection de grains nobles etc.). Ainsi le vin est-il un objet tout désigné pour l'étude des relations entre droit et marché, une institution dont on sait depuis Karl Polanyi qu'elle est socialement construite mais dont il reste à peu près tout à découvrir. Ainsi notre projet vise à continuer dans la voie sociohistorique de la genèse d'un droit spécialisé et à en comprendre les ressorts d'efficacité. Une démarche théorique dont on espère qu'elle aura ses implications pratiques, en l'occurrence, au moment où une « crise » du vin est aussi souvent évoquée, qu'elle proposera des outils utiles pour comprendre et affronter une situation dont on ne s'aventure plus à dire qu'elle n'est que conjoncturelle.