Thèse en cours

Composer des territorialités agissantes : acteurs, savoirs et dispositifs d'adaptation dans les filières AOP Comté et Noix de Grenoble

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Auteur / Autrice : Noémie Cazes
Direction : Yvan RenouSimon Calla
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Sciences économiques
Date : Inscription en doctorat le 15/01/2026
Etablissement(s) : Université Grenoble Alpes
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale sciences économiques
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Pacte, Laboratoire de sciences sociales

Résumé

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L'agriculture entretient des rapports ambivalents à l'environnement et au changement climatique. Elle est critiquée comme une contributrice importante de ce dernier (particulièrement en raison des émissions de gaz à effet de serre qu'elle génère) et dénoncée comme entretenant des pratiques dégradant les services écosystémiques essentiels du système terrestre (via notamment l'utilisation d'engrais et de pesticides). Dans le même temps, elle apparait particulièrement exposée aux transformations en cours, subissant très fortement les effets du changement climatique du fait de son caractère « météo sensible » (Soudière & Tabeaud, 2009). L'augmentation des températures, la fréquence et la gravité des sécheresses en sont des exemples significatifs. Afin de faire face aux « épreuves » que constituent les manifestations du changement climatique, nous assistons à la multiplication des appels à l'adaptation des mondes agricoles. Etroitement liés aux discours mettant l'accent sur le rôle «transformateur » des agriculteurs, de nombreux travaux ont insisté sur l'importance de leurs caractéristiques sociales dans l'émergence de nouvelles pratiques (Pelling & High, 2005) et de leurs « visions du monde » (Cayre et al., 2018) dans l'affirmation de nouvelles dynamiques agricoles. Cependant, c'est à un autre niveau - celui des structures politiques, économiques, sociales et culturelles - que les analystes situent les freins aux transitions (Barone, 2024), voire identifient les leviers permettant de répondre aux enjeux environnementaux (Young et al., 2022). Ces résultats invitent donc à ne pas réduire les modalités du changement au seul basculement de pratiques individuelles : il s'agit surtout de passer de l'échelle de l'exploitation à celle de la chaîne de valeur territoriale afin de comprendre les synergies ou obstacles éventuels entre des stratégies développées à différents niveaux d'action et par une pluralité d'acteurs. Or, les acteurs impactés par ce que nous considérons comme un « mal commun » altérant les existences de tout un chacun à plus ou moins long terme (Dupré et al., 2025) n'appartiennent pas aux mêmes univers (sociaux, professionnels, etc.). Ils ont différents rapports à la « Nature » et à la connaissance, et portent des visions du monde parfois divergentes - si ce n'est contradictoires - toujours susceptibles d'entraver les capacités collectives d'adaptation au changement climatique. Penser l'adaptation de l'agriculture au changement climatique nécessite donc de ne pas considérer la profession comme structurée de manière homogène autour d'un imaginaire. Cela demande d'analyser le spectre des interdépendances (convergentes et divergentes) qui relient les différentes dimensions des territorialités observées autour d'un même défi climatique et d'étudier la capacité de ces acteurs hétérogènes à produire un accord et à se situer dans la perspective d'un horizon commun (Boltanski & Thévenot, 1991). En d'autres termes, il s'agit de composer des territorialités partagées. Cherchant à prendre en compte la pluralité des acteurs de la chaine agri-alimentaire concernés par l'enjeu d'adaptation de l'agriculture et à identifier ce qui peut les réunir autour notamment d'un contrat socio-environnemental renouvelé (Renou et alii, 2023). L'objectif de cette thèse sera de mieux comprendre les conditions et les modalités d'une adaptation des mondes agricoles au sein de chaînes de valeur territorialisées face aux défis générés par le changement climatique. Plus précisément, il s'agit d'étudier comment une pluralité de territorialités (i.e. d'assemblages singuliers d'imaginaires ou récits collectifs, de pratiques matérielles et de dispositifs institutionnels : Pachoud et Koop, 2024) peut co-évoluer sur un même territoire afin de transformer un référentiel professionnel et lui permettre de constituer une réponse adaptative au défi du changement climatique.