Thèse en cours

L ARBITRAGE INTERNATIONAL DANS LE CONTENTIEUX MINIER AU BURKINA FASO

FR  |  
EN
Auteur / Autrice : Ali Neya
Direction : Christophe Juhel
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Droit privé
Date : Inscription en doctorat le 30/10/2025
Etablissement(s) : Perpignan
Ecole(s) doctorale(s) : École Doctorale INTER-MED
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre de recherche sur les Sociétés et Environnements en Méditerranée

Résumé

FR  |  
EN

Le Burkina Faso, quatrième producteur d'or en Afrique, possède un secteur minier qui joue un rôle central dans son économie, contribuant à plus de 10% du PIB national. Cependant, cette richesse minière s'accompagne de nombreux conflits, tant au niveau étatique qu'au sein des communautés locales. Les différends naissent autour de l'interprétation des conventions minières, de la fiscalité, des redevances, des obligations de réhabilitation des sites, de l'expropriation des terres, des dégradations environnementales et de la redistribution des retombées économiques. Face à la complexité et à la multiplicité de ces litiges, le système judiciaire classique apparaît souvent inadapté, engorgé et peu expert dans le domaine minier. Dans ce contexte, l'arbitrage international s'impose comme une alternative séduisante, offrant rapidité, flexibilité, confidentialité et expertise. Toutefois, cette solution n'est pas sans soulever des interrogations fondamentales sur la souveraineté nationale, la protection de l'environnement, la justice sociale et la redistribution équitable des ressources. L'arbitrage international est désormais le principal instrument de règlement des différends miniers au Burkina Faso, dans un contexte marqué par la prédominance des capitaux étrangers et la nécessité de sécuriser juridiquement les investissements. Il est présenté comme garant de la neutralité et de l'efficacité procédurale, renforçant l'attractivité du secteur extractif et protégeant les investisseurs contre les risques politico-économiques. Cependant, son développement suscite des tensions majeures entre les exigences de stabilité et de prévisibilité du droit des investissements et les impératifs régaliens liés à la souveraineté de l'État burkinabè, notamment en matière de préservation de l'ordre public, de protection de l'environnement, de redistribution équitable des ressources et de respect des droits des communautés locales. Les questions centrales sont donc : • Le régime de l'arbitrage international est-il capable de résoudre le contentieux minier tout en ménageant les intérêts des investisseurs et ceux de l'État burkinabè ? • Dans quelle mesure l'arbitrage international constitue-t-il un mécanisme adapté pour résoudre les différends miniers au Burkina Faso tout en assurant la sécurité juridique et la protection des investissements étrangers ? • Quelles réformes seraient nécessaires pour rendre le régime de l'arbitrage international plus équilibré entre les intérêts des investisseurs et ceux de l'État burkinabè ? • Quelle place les juridictions nationales devraient-elles occuper dans ce dispositif dual ? L'objectif général de cette recherche est d'évaluer la capacité de l'arbitrage à constituer un mode de résolution des différends à la fois efficace, équitable et légitime pour le contentieux minier au Burkina Faso, dans une perspective de conciliation entre l'impératif de sécurité juridique des investissements et les exigences de souveraineté nationale et de justice sociale. Les objectifs spécifiques sont : • Étudier le cadre juridique interne et international applicable aux litiges miniers. • Identifier les tendances jurisprudentielles et les comparer avec d'autres expériences africaines ou mondiales. • Proposer des pistes de réformes adaptées au contexte burkinabè. Les hypothèses de travail seront les suivantes • L'arbitrage international est efficace pour sécuriser les investissements miniers mais génère un déséquilibre au détriment de l'État. • L'absence de mécanismes internes efficaces incite à recourir systématiquement aux instances internationales. • L'arbitrage international contribue à sécuriser les investissements miniers mais limite parfois la marge de manœuvre de l'État. • La nouvelle loi minière du Burkina Faso vise à contenir le contentieux en restreignant certains privilèges d'arbitrage. • Les réformes doivent tendre vers un régime hybride, conciliant attractivité pour les investisseurs et protection de la souveraineté nationale. La méthodologie adoptée est plurielle et intégrée, articulée autour d'analyses doctrinales, jurisprudentielles et empiriques : • Analyse historique et contextuelle du secteur minier burkinabè et des facteurs ayant conduit à la prédominance de l'arbitrage. • Étude empirique et comparative des pratiques arbitrales, incluant l'analyse systématique des sentences arbitrales dans des litiges miniers impliquant le Burkina Faso ou des pays similaires. • Analyse critique des conventions minières et des contrats d'investissement conclus par l'État burkinabè, avec un accent sur les clauses compromissoires. • Dimension comparative avec d'autres États africains dotés de ressources minières significatives. • Réflexion prospective sur les réformes institutionnelles et procédurales pour améliorer la transparence, l'équité et la prévisibilité de l'arbitrage. Voici un aperçu des résultats attendus ; • Mise en évidence des forces et faiblesses de l'arbitrage international appliqué au secteur minier burkinabè. • Contribution doctrinale à la réflexion sur le droit de l'investissement en Afrique. • Propositions de réformes juridiques et institutionnelles adaptées. • Mise en évidence des contradictions entre sécurité juridique des investisseurs et souveraineté de l'État. • Identification des effets positifs (stabilité, attractivité des capitaux) et négatifs (perte de contrôle, coûts élevés). • Démonstration du lien entre réformes minières et régulation de l'arbitrage. • Mise en lumière de l'impact direct des réformes minières sur le recours à l'arbitrage. • Élaboration de recommandations pour un modèle de règlement des litiges miniers plus équilibré. À l'issue de ce travail, des recommandations à l'État pourront être proposées. • Clarifier dans la loi minière les cas de recours à l'arbitrage et renforcer le rôle des juridictions locales. • Développer des centres d'arbitrage nationaux et régionaux (ex. : CCJA de l'OHADA). • Renégocier certains traités bilatéraux d'investissement pour éviter les clauses excessives d'arbitrage. • Instaurer un mécanisme de médiation préalable obligatoire avant tout arbitrage international. • Former les cadres nationaux pour défendre efficacement l'État dans les procédures arbitrales. En conclusion la recherche vise à démontrer que le régime juridique de l'arbitrage international constitue un outil incontournable mais ambivalent dans la gestion du contentieux minier burkinabè. Il offre aux investisseurs une sécurité juridique appréciable et contribue à réduire les litiges internes. Toutefois, il n'est pas en mesure de vider totalement le contentieux car il engendre de nouvelles tensions liées à la souveraineté de l'État et à l'exécution des sentences. L'efficacité de la nouvelle loi minière dépendra de la capacité du Burkina Faso à trouver un équilibre entre attractivité économique et défense de ses intérêts stratégiques. Bibliographie indicative La bibliographie comprend des ouvrages de référence, des articles scientifiques, des rapports institutionnels, des mémoires, des présentations, des sources jurisprudentielles et électroniques, couvrant l'arbitrage international, le secteur minier et le contexte burkinabè.