Thèse en cours

L'éloge de la lenteur en procédure pénale

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Auteur / Autrice : Manon Clement
Direction : Delphine Brach-thiel
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Droit privé et sciences criminelles
Date : Inscription en doctorat le 22/10/2025
Etablissement(s) : Université de Lorraine
Ecole(s) doctorale(s) : SJPEG - SCIENCES JURIDIQUES, POLITIQUES, ECONOMIQUES ET DE GESTION
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Institut François GENY

Résumé

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Ce projet de thèse interroge la place du temps dans la procédure pénale, en s'attachant à dépasser l'opposition communément admise entre lenteur et efficacité. Depuis plusieurs décennies, les réformes législatives et les discours institutionnels tendent à ériger la célérité en impératif, présentée comme condition d'une bonne administration de la justice et comme remède aux engorgements chroniques des juridictions. L'accélération des procédures est ainsi perçue comme garante de l'efficacité du système pénal, d'un meilleur taux de réponse pénale et d'une satisfaction accrue des attentes des victimes. Pourtant, cette valorisation systématique de la rapidité mérite d'être interrogée. Une durée plus longue n'est pas nécessairement antinomique avec la qualité de la justice pénale. Le temps pris dans les différentes phases peut constituer une garantie d'exhaustivité de l'investigation, de sérénité des débats et de respect effectif des droits de la défense. En d'autres termes, la lenteur peut s'avérer une vertu procédurale plutôt qu'un dysfonctionnement. L'originalité de cette recherche tient à la perspective adoptée : considérer le temps non comme un obstacle, mais comme un outil au service de l'équité et des droits fondamentaux. Elle propose de réévaluer la notion de « délai raisonnable » consacrée par l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'Homme, non plus sous l'angle exclusif de la rapidité, mais dans une logique de qualité et de justice. Il s'agira de mettre en évidence les effets pervers que peut induire une accélération excessive. La thèse visera ainsi à élaborer une typologie des temporalités procédurales, distinguant les lenteurs « pathologiques », révélatrices de dysfonctionnements, des lenteurs « vertueuses », qui contribuent à une meilleure administration de la justice. À travers une analyse critique et empirique des pratiques judiciaires, ce travail ambitionne de réhabiliter le temps comme paramètre essentiel de la procédure pénale et comme condition de sa légitimité.