Thèse en cours

La fiscalité comme levier dans les procédures collectives

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Auteur / Autrice : Liv Lowenstein
Direction : Alexandre Maitrot de la motte
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Droit
Date : Inscription en doctorat le 01/10/2025
Etablissement(s) : Paris 12
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Organisations, marchés, institutions
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : MIL - Marchés, Institutions, Libertés

Mots clés

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Résumé

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L'évaluation de la charge fiscale des sociétés est une opération sensible tant juridiquement que politiquement en ce que le résultat peut être discutable notamment sur la déduction de certaines charges. La France dispose d'un des taux les plus élevés d'Europe avec une imposition fiscale d'environ 33% selon la loi de finances. La loi de finance pour 2025 prévoit, à ce titre, une majoration de 20,6% de l'impôt sur les bénéfices dû par les sociétés dont le chiffre d'affaires est supérieur à 1 milliard d'euros. L'imposition de plus en plus lourde peut-elle contredire en pratique la volonté certaine de l'État français de venir au secours des entreprises en difficulté ? Cette question sous-entend-elle une confrontation entre notre droit national et une Europe réticente à accorder des aides au regard du marché intérieur européen. Il conviendra également pour ce sujet d'appréhender les mécanismes fiscaux susceptibles d'impacter la poursuite de l'activité des entreprises qui sont en processus de conciliation ou mandat ad hoc ou en procédure judiciaire. Une obligation de récupération des aides d'État peut être mise en œuvre par l'État concerné sous le contrôle de la Commission européenne afin de rétablir la situation concurrentielle initiale. Celle-ci peut être singulièrement compliquée lorsque l'entreprise débitrice est en difficulté et fait l'objet d'une procédure d'insolvabilité. « La situation de crise est un terreau fertile aux irrégularités voire aux fraudes ». Partant de cette citation, les recherches consisteront à identifier les aides fiscales, aussi difficiles à définir qu'à accorder au regard du principe de non-concurrence sur le marché européen, pour les entreprises en situation dite « anormale » aux vues de la crise financière qu'elles traversent. Il sera intéressant de partir de la définition de « l'entreprise en difficulté » car les lignes directrices du 31 juillet les définissent comme la situation dans laquelle il est pratiquement certain qu'en l'absence d'intervention de l'état elle sera contrainte de renoncer à son activité à court ou à moyen terme. La preuve de ces difficultés appartient à l'État qui les invoque. Il revient donc à la puissance étatique d'établir que les difficultés rencontrées conduisent à une intervention de celle-ci sans qu'elle vienne perturber le bon fonctionnement du marché public. Plus précisément, lorsque l'entreprise rentre dans l'une des quatre situations suivantes, elle est considérée comme en difficulté au regard du droit de l'Union européenne : - S'il s'agit d'une SARL, lorsque plus de la moitié de son capital social souscrit a disparu en raison des pertes accumulées. Tel est le cas lorsque la déduction des pertes accumulées des réserves (et de tous les autres éléments généralement considérés comme relevant des fonds propres de la société) conduit à un montant cumulé négatif qui excède la moitié du capital social souscrit ; - S'il s'agit d'une société́ dont certains associes au moins ont une responsabilité́ illimitée pour les dettes de la société́, lorsque plus de la moitié des fonds propres, tels qu'ils sont inscrits dans les comptes de la société́, a disparu en raison des pertes accumulées ; - Lorsque l'entreprise fait l'objet d'une procédure collective d'insolvabilité́ ou remplit, selon le droit national, les conditions de soumission à une procédure collective d'insolvabilité́ à la demande de ses créanciers ; - Dans le cas d'une entreprise autre qu'une PME, lorsque depuis les deux exercices précédents, le ratio emprunts/capitaux propres de l'entreprise est supérieur à 7,5 et le ratio de couverture des intérêts de l'entreprise, calculé sur la base de l'EBITDA, est inferieur à 1,0. En conséquence, il faut apprécier le droit fiscal, appréhender et anticiper les situations de crise tout en restant conforme au droit de l'Union européenne. Le constat est que, contrairement au droit interne qui se veut plus interventionniste face à ces situations, le droit international est réticent à l'égard des aides publiques pour les entreprises en difficulté notamment au regard de l'incompatibilité avec le marché commun (article 107 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne). Cet état de fait sera notre fil directeur afin d'étudier comment la fiscalité et le droit des entreprises en difficulté se combinent pour venir au secours, grâce aux mécanismes fiscaux, a des entreprises en situation de « faillite » imminente. Les mécanismes fiscaux seront colligés et analysés afin d'apprécier leurs potentiels d'aide. Au regard des outils fiscaux déjà existants, je tenterai de proposer des commentaires et surtout des améliorations à ces mécanismes tout en prenant en compte les enjeux économiques et juridiques qui sous-tendent le sujet. Cette thèse sera l'occasion d'analyser la doctrine et la jurisprudence sur les régimes fiscaux applicables aux situations de gestion normale et d'étudier le cas d'entreprises ayant bénéficié de ces dispositifs vastes et contestés. Le terme de gestion normale sous-tend de définir le plus rigoureusement possible ce que sont des actes de gestion normaux et anormaux, car cette notion, jusqu'à aujourd'hui reste floue et se distingue difficilement d'une gestion adaptée aux situations anormales d'entreprise. Enfin, cette thèse sera l'occasion de s'interroger sur les mécanismes fiscaux ne constituanent pas une simple opportunité d'optimisation fiscale vis-à-vis de leur situation mais une volonté de l'État d'aider l'entreprise, sans que l'État risque d'être accusé de délit d'ingérence dans la gestion de l'entreprise.