La juridiction ecclésiastique au Kivu face à la diversité des normes régissant le mariage (de 1912 à nos jours)
| Auteur / Autrice : | Antoine Katembo mowavita |
| Direction : | Martial Mathieu |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Histoire du droit |
| Date : | Inscription en doctorat le 01/12/2025 |
| Etablissement(s) : | Université Grenoble Alpes |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale sciences juridiques |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Centre d'Etudes sur la Sécurité Internationale et les Coopérations Européennes |
Mots clés
Résumé
L'histoire du tribunal ecclésiastique de Bukavu est tributaire du passé colonial du Congo Belge, actuellement la République démocratique du Congo. Entre les années 1908 et 1960, le droit colonial belge réglait la colonisation et la mission d'évangélisation à travers un même texte, la Charte coloniale de 1908, connue sous le nom de « Loi coloniale du 18 octobre 1908 sur le gouvernement du Congo belge ». La Charte reconnaissait l'existence de deux autres normes spécifiques : Premièrement, le droit coutumier des indigènes traitant les causes des indigènes non immatriculés ; deuxièmement, le droit canonique qui réglait ce que l'on appelait « les cas de conscience » relatifs à la religion de l'Eglise catholique représentée par les vicariats apostoliques dans les colonies belges. Dans la région des Grands-Lacs, le premier vicariat apostolique est créé le 12 décembre 1912 sous l'appellation de « Vicariat du Kivu » tout en ayant son siège, non pas au Kivu, mais dans le Ruanda-Urundi. Il comprenait une partie du Congo, dont Bukavu, le « Buha ». Le vicariat apostolique du Kivu a son propre siège à Bukavu en 1929. Il devient vicariat apostolique de Costermansville en 1952, puis vicariat apostolique de Bukavu en 1954. La mission spécifique du vicariat consistait à éclairer la campagne civilisatrice coloniale à la lumière de l'Evangile. L'Eglise a donc une mission essentiellement moralisatrice au sujet de tous les aspects de la vie des indigènes congolais, notamment le mariage. Cette étude se limite à l'analyse des sentences du tribunal ecclésiastique au Kivu concernant les causes relatives à la nullité du mariage. Jusqu'au moment de l'indépendance du Congo Belge en 1960, les causes canoniques relatives au mariage sont immédiatement traitées par le tribunal ecclésiastique de Kagbayi, au Ruanda-Urundi. L'actuelle province ecclésiastique de Bukavu est dotée d'un tribunal ecclésiastique propre le 31 mai 1960. La plupart des affaires traitées par le tribunal ecclésiastique concernent le rapport entre l'union coutumière et l'union religieuse. Les deux sont parfois évoquées par les parties au mariage civil, en cas de litige. D'où l'intérêt pour la doctrine, en l'occurrence, les historiens du droit, de se consacrer à la question du rôle de l'influence de la coutume sur la diversité d'autres normes régissant le mariage. La doctrine sur cette notion explore habituellement deux pistes : la première piste choisit la voie de l'accommodation du droit canonique à la coutume. C'est l'hypothèse du « mariage coutumier chrétien ». La deuxième piste opte pour l'accommodation de la coutume à la norme canonique ; autrement dit, la coutume intègrerait les valeurs chrétiennes propres. C'est l'hypothèse de « l'indissolubilité du mariage coutumier ». La particularité de la présente étude sera de présenter l'influence de la coutume à travers l'analyse des sentences de la juridiction ecclésiastique du Kivu en matière matrimoniale en lien avec la législation civile depuis l'époque coloniale à nos jours. La question qui sous-tend cette recherche consiste à comprendre comment les règles coutumières ont été appliquées par ladite juridiction et comment la coutume a été confrontée aux autres normes régissant les litiges relatifs au mariage (droit colonial belge, droit civil congolais, droit canonique). C'est un type original de pluralisme juridique inscrit dans une perspective historique et comparée à partir d'une Institution spécifique, le tribunal ecclésiastique au Kivu.