Thèse en cours

Les systèmes d'aide à la décision militaire prédictifs et préemptifs et la disruption du droit des conflits armés

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Auteur / Autrice : Chikanma Alichukwu
Direction : Anne-Laure Chaumette
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Droit public
Date : Inscription en doctorat le 12/11/2025
Etablissement(s) : Paris 10
Ecole(s) doctorale(s) : École Doctorale Droit et Science Politique
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre de Droit International de Nanterre

Résumé

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En avril 2013, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires d'alors, Christof Heyns, a tiré la sonnette d'alarme sur les systèmes d'armes létales autonomes (SALA), capables de sélectionner et d'engager des cibles sans intervention humaine. La crainte de voir advenir l'ère des « robots tueurs » a rapidement placé les SALA au cœur de toutes les discussions éthiques, légales et opérationnelles sur les applications militaires de l'intelligence artificielle (IA), éclipsant de multiples autres usages des technologies à base d'IA. Avec sa résolution intitulée « L'intelligence artificielle dans le domaine militaire et ses conséquences pour la paix et la sécurité internationales », de 2024, l'Assemblée générale des Nations Unies est allée au-delà des SALA pour recentrer le débat sur l'ensemble des applications militaires tout au long du cycle de vie de l'IA. Dans le cadre de cette résolution, des États, des organisations non gouvernementales, des acteurs du secteur technologique et des membres de la communauté scientifique ont soumis des observations sur l'intégration militaire des systèmes d'aide à la décision basés sur l'IA (AI-DSS), les interactions homme-machine et les défis de gouvernance qui en découlent. Les AI-DSS sont des outils informatiques conçus pour aider les humains à différents niveaux de la chaîne de commandement à prendre des décisions liées au moment, à l'emplacement et à l'objet d'une opération militaire. Ces systèmes peuvent indiquer, prédire et prescrire, en fournissant des informations pertinentes en amont d'une attaque, en anticipant les résultats probables et en recommandant les mesures à prendre conformément aux objectifs militaires. La rationalisation algorithmique du risque s'appuie sur les fonctions prédictives des AI-DSS et sur sa capacité présumée à évaluer et déduire des événements futurs. Selon les adeptes des AI-DSS militaires, ces outils permettent de réduire l'incertitude propre aux opérations de combat, cherchant à la quantifier, et produisent des résultats qui façonnent par la suite les paramètres de l'usage de la force. Ainsi, la prise de décision militaire peut être externalisée à un algorithme, prédisposé à générer des événements et légitimer l'usage de la force sur la base d'une menace non confirmée. Pour que ces outils développent leurs compétences en matière de reconnaissance de formes et de prévision, des stratégies de surveillance en masse transforment les individus en points de données. L'analyse algorithmique prédictive engendre une stratégie militaire préemptive, avec un risque inhérent d'action précipitée. Les AI-DSS prédictifs façonnent les décisions militaires en fonction de ce qui pourrait survenir, mais sont souvent interprétés comme une garantie quant aux événements à venir. Ils prédisent des résultats potentiels, sont conçus pour produire des pronostics concevables et convaincants, mais ne fournissent pas de certitude. Dans les conflits armés, cela concentre l'action militaire sur l'anticipation des menaces. Cette thèse portera sur l'utilisation des AI-DSS préventifs et prédictifs dans les conflits armés contemporains. À ce titre, le corpus juridique du droit international humanitaire sera étudié comme l'ensemble des normes régissant la conduite dans les hostilités. En outre, le ius ad bellum sera mobilisé pour évaluer l'impact des AI-DSS sur les normes relatives au droit de recourir à la force. Elle présente quatre objectifs : identifier les normes du ius in bello et ius ad bellum applicables aux AI-DSS prédictifs et préemptifs ; analyser l'effet disruptif provoqué par les AI-DSS, tant au regard de la conformité aux normes qu'au fonctionnement du cadre normatif dans sa globalité ; évaluer la capacité de ces branches de droit de répondre au phénomène du conflit armé au regard de ces nouvelles technologies ; et recommander des solutions aux défis identifiés lors de l'analyse et l'évaluation.