Thèse en cours

L'autofiction performative dans la pop culture américaine à l'ère des médias sociaux

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Auteur / Autrice : Elodie Davo verdavoir
Direction : Arnaud Schmitt
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Etudes anglophones
Date : Inscription en doctorat le 11/11/2025
Etablissement(s) : Pau
Ecole(s) doctorale(s) : Sciences Sociales et Humanités
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Arts/Langages : Transitions et Relations

Résumé

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La thèse se propose d'analyser les mutations contemporaines de la représentation de soi à l'ère numérique, à travers le prisme de l'autofiction performative dans la culture pop américaine. L'émergence des réseaux sociaux et des plateformes participatives (Instagram, TikTok, YouTube, X/Twitter) a transformé les modes de construction identitaire et de narration personnelle, faisant de chaque individu un acteur et un auteur de soi. Ce contexte médiatique, fondé sur la circulation virale des images et la valorisation de l'authenticité, catalyse un déplacement majeur du champ de l'autofiction — historiquement littéraire — vers des formes performatives et transmédiatiques. L'objectif est d'examiner comment, dans la pop culture américaine, des figures médiatiques telles que Lana Del Rey, Doechii, Lil Nas X, Lady Gaga, Amalia Ulman et Caroline Calloway mobilisent l'autofiction non plus seulement comme un récit écrit, mais comme une mise en scène de soi performée, naviguant entre les registres du personnage, de l'avatar et du mythe personnel. Ces artistes, par la création d'univers narratifs et esthétiques traversant musique, réseaux sociaux et performance, incarnent les tensions constitutives de l'autofiction contemporaine : entre vérité vécue et invention, authenticité et stratégie, intimité et spectacularité. Trois axes principaux structurent la réflexion. 1. Performativité et authenticité : la thèse questionne la manière dont la quête d'authenticité — valeur centrale des cultures numériques — coexiste avec la construction scénarisée du moi. Les artistes étudié·es élaborent des formes de sincérité paradoxale, où la mise en scène devient le moyen même de dire le vrai. La confession se fait performance et la performance, discours de vérité. 2. Médialité et fragmentation : le projet explore la fragmentation du récit de soi dans la logique des plateformes. L'autofiction devient un dispositif polyphonique et multimodal — clips musicaux, stories, posts, performances live ou récits textuels — qui dissolvent les frontières entre auteur, texte et public. Le spectateur n'est plus un simple lecteur, mais un co-participant de la narration, acteur d'une réception instantanée, participative et émotionnelle. 3. Politique et subversion : ces pratiques révèlent leurs dimensions critiques et identitaires. En articulant la mise en scène de soi à des enjeux de genre, de sexualité, de race ou de classe, elles réinventent les modes de visibilité. Doechii et Lil Nas X, par leurs performances hypermédiatisées, mettent en jeu la réappropriation des codes de la culture dominante ; Lady Gaga pratique une esthétique de la provocation et de la difformité performative ; Lana Del Rey brouille les frontières entre persona et mélancolie postmoderne ; Amalia Ulman fait de son corps un projet artistique sur Instagram ; Caroline Calloway transforme sa vie en feuilleton autofictionnel collaboratif. Ces figures illustrent un processus que la recherche nomme auto‑mythification : la construction d'un récit légendaire de soi, à la fois réel et fictionnalisé, qui excède le cadre biographique pour ériger l'identité en œuvre. Les avatars qu'elles incarnent sur scène ou en ligne fonctionnent comme médiateurs de cette double dynamique de sincérité et de fabulation, permettant à l'individu de se raconter tout en se réinventant. La mise en circulation de ces récits par les médias sociaux fait émerger un nouvel espace de création, où l'identité devient performative, fluide et collaborative. Le corpus envisagé — à la croisée des arts visuels, de la musique, de la littérature et des médias numériques — mettra en lumière les liens entre autofiction et économie de l'attention, entre exhibition de soi et résistance poétique à la normalisation identitaire. L'analyse s'appuiera sur des outils issus des études culturelles, des media studies et de la théorie littéraire, pour proposer une conceptualisation critique de l'autofiction à l'ère des réseaux sociaux. En somme, cette thèse vise à montrer que l'autofiction performative constitue aujourd'hui une forme centrale d'expression et de résistance dans la culture médiatique américaine. En brouillant les lignes entre artiste et personnage, entre confession et spectacle, elle ouvre la voie à une compréhension renouvelée de l'identité contemporaine — à la fois médiatisée, multipliée et stratégiquement mise en scène.