Thèse en cours

Le rattachement des biens, des personnes et des situations à l'Etat en droit international

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Auteur / Autrice : Lucien Montardi
Direction : Thibaut Fleury graff
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Droit public
Date : Inscription en doctorat le 31/08/2025
Etablissement(s) : Université Paris-Panthéon-Assas
Ecole(s) doctorale(s) : Droit international, droit européen, relations internationales et droit comparé
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre de recherche de l'Institut des Hautes Etudes Internationales

Résumé

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Le rattachement des biens, des personnes et des situations est un sujet d'actualité. En effet, la mondialisation et la numérisation du monde contemporain ont affaibli les repères traditionnels que sont le territoire et la nationalité. La nationalité est ainsi concurrencée par des rattachements aux titres de compétence personnel plus ténus, comme l'illustre l'affaire de la taxe de la diaspora mise en place en 2018 par l'Érythrée qui visait l'ensemble des membres de la diaspora établis à l'étranger et non seulement les nationaux. Quant au rattachement territorial, lui aussi subit un assouplissement à l'image de l'affaire BNP Paribas de 2016, dans laquelle une transaction réalisée intégralement à l'extérieur du territoire américain, par des entreprises non-américaines, fut rattachée au territoire étatsunien du seul fait de l'utilisation du dollar. Enfin, des rattachements plus spécifiques comme la juridiction au sens de la CEDH évoluent également sous l'effet du développement des phénomènes transnationaux à l'image de l'affaire M.F. contre France en 2020. Ces quelques affaires récentes illustrent la centralité du rattachement dans diverses branches du droit international. Il permet ainsi à l'État de faire le lien entre une situation de fait, un bien ou une personne et le titre de compétence qu'il cherche à mobiliser. La question du rattachement à l'État dépasse toutefois la question de l'exercice des compétences par l'État. Il permet également d'identifier le cadre juridique applicable à certaines situations. C'est à ce titre qu'on peut penser à la notion de juridiction au sens de la CEDH. Ce projet vise donc à étudier systématiquement ces rattachements, en interrogeant leur nature, leur licéité et leur rôle dans l'encadrement des compétences et de la responsabilité de l'État. Dans cette optique, nous adopterons une approche transversale en mobilisant des éléments du droit international privé et du DUE. Plusieurs objectifs guideront nos recherches. En premier lieu, l'identification du cadre juridique global des rattachements, c'est-à-dire l'ensemble des règles internationales qui les encadrent plus ou moins directement. De ce cadre découlera, dans un second temps, une typologie distinguant les rattachements classiques, unanimement admis, des rattachements plus extensifs ou contestés. En outre, notre étude des rattachements sera non seulement l'occasion de questionner l'existence de règles concernant les rattachements, mais également de clarifier la théorie des compétences de l'État. Si cette dernière repose sur l'obligation théorique de toujours utiliser un rattachement dans la mobilisation d'un titre de compétence, la compétence universelle semble offrir une exception qui remet en cause l'unité de la théorie des compétences. Si certains proposent ainsi de voir dans le caractère universellement grave d'un crime un rattachement à tous les États, une telle approche rend peu compte de la fonction principale des rattachements, à savoir départager les compétences étatiques. S'il n'existe pas de hiérarchie formelle entre les compétences concurrentes exercées sur le fondement de ces titres, l'exigence du rattachement est censée limiter le nombre des prétentions étatiques concurrentes, ce qui correspond difficilement à la logique de la compétence universelle. Une telle incertitude justifie sans doute la position adverse de certains auteurs qui estiment que la compétence universelle est un titre de compétence mobilisable sans rattachement. De plus, la doctrine semble hésitante quant à la distinction entre le titre de compétence et l'élément de rattachement, commettant parfois des confusions, en particulier avec la théorie des effets, souvent présentée comme un titre de compétence alors qu'il s'agit d'un élément de rattachement au titre de compétence territoriale. Notre étude aura donc pour objectif de clarifier la théorie des compétences en réalisant un examen critique de la doctrine en la matière.