Dynamiques sociales et transformations foncières à Alger à la lumière de l' « ancien séquestre » 1830 1870
| Auteur / Autrice : | Nour Bellatreche |
| Direction : | Nicolas Michel |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Histoire |
| Date : | Inscription en doctorat le 01/10/2025 |
| Etablissement(s) : | Aix-Marseille |
| Ecole(s) doctorale(s) : | Ecole Doctorale Espaces, Cultures, Sociétés |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : IREMAM - Institut de Recherches et d'Etudes sur les Mondes Arabes et Musulmans |
Mots clés
Mots clés libres
Résumé
Instauré dès la conquête de 1830, le séquestre a constitué l'un des premiers outils de prise de contrôle du territoire algérien par la colonisation française. Le séquestre de guerre est défini en droit français comme « la main-mise d'un État sur les biens ou certains biens d'un territoire étranger dont il s'empare par les armes. Le séquestre de guerre n'est pas une confiscation ; ce n'est qu'une prise de possession provisoire qui cesse ou devient définitive, selon les cas prévus par les lois ou les traités qui interviennent ». Cela dit, dans le contexte colonial algérien marqué par un vide juridique, il s'affirma comme une mesure étrangère au droit. Ma thèse portera sur le premier séquestre à Alger, dit « turco-mauresque », « urbain » ou « ancien ». Elle suivra l'évolution de cette pratique durant les premières décennies de la conquête, de 1830 à 1870, date marquant la fin de la politique du Royaume arabe et le passage au régime civil. Dans ce contexte, ma recherche portera sur la ville d'Alger et sa banlieue (Fahs), lieux d'établissement d'une bourgeoisie locale qui fut la première cible des mesures de séquestre et de redistribution foncière mises en place par l'administration coloniale. Elle cherche à mieux cerner les contours du Fahs et à identifier les formes d'occupation ainsi que les profils des dépossédés et des occupants tout en retraçant les parcours de propriété. Dès la conquête, la mise en uvre du séquestre s'est révélée complexe, en raison de la méconnaissance de la structure sociale algéroise. Cette méconnaissance persiste dans l'historiographie actuelle la thèse s'attachera donc, à la lumière de la pratique du séquestre au moment de la conquête et de son évolution durant les premières décennies de la colonisation, à mieux comprendre la société algéroise citadine, son statut et ses relations avec les nouvelles catégories sociales des Européens. La compréhension du séquestre nécessite une analyse approfondie des formes de la propriété avant et après la conquête, ainsi que des modalités de son transfert. Cela suppose une connaissance fine des biens séquestrés, de leur nature et de leur poids dans les patrimoines familiaux. Ces dynamiques permettent également de saisir au plus près le rôle d'une pluralité d'acteurs : les institutions, les groupes sociaux, mais aussi les membres d'une même famille et leur entourage. Tous évoluaient à l'époque ottomane dans un cadre juridique dominé par le droit musulman et par des logiques coutumières qui conféraient à chacun un statut social spécifique. À partir de la conquête, le droit français s'impose progressivement selon des modalités complexes qu'il faudra explorer. Les institutions concernées sont celles qui ont joué un rôle crucial dans la gestion des biens avant et durant les premières années de la conquête. Il conviendra donc d'analyser le fonctionnement du Bayt al-māl institution essentielle de l'administration ottomane, notamment en ce qui concerne la gestion des propriétés, le règlement des litiges successoraux, la protection des individus et des familles, ainsi que la représentation des absents, une problématique devenue cruciale à partir de 1830, dans un contexte marqué par les exils et les déplacements massifs liés à l'instabilité politique. Il s'agira aussi de retracer la genèse et l'évolution du service du Domaine, structure coloniale chargée de centraliser les biens séquestrés avant leur redistribution et tous les biens appartenant aux Deys (chefs de la régence), aux janissaires (soldats de l'armée ottomane), mais aussi les biens Habous (biens inaliénables), ceux des corporations et du Beylik (de l'Etat). Il s'agira enfin d'appréhender la structure et le niveau de vie des familles algéroises, leurs préoccupations, les relations entre leurs membres et leurs fondés de pouvoir, à travers l'étude de la gestion de leur patrimoine et des modalités de sa transmission successorale.