Amélioration de l'agentivité et de l'acceptation de prothèses par retour sensitif, tactile et visuel en utilisant la tomographie multispectrale et l'apprentissage machine
| Auteur / Autrice : | Juan Maubras |
| Direction : | Alexandre Pitti |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Stic - ed em2psi |
| Date : | Inscription en doctorat le 03/11/2025 |
| Etablissement(s) : | CY Cergy Paris Université |
| Ecole(s) doctorale(s) : | Ecole doctorale Économie, Management, Mathématiques , Physique et Sciences Informatiques (EM2PSI) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : ETIS - Equipes Traitement de l'Information et Systèmes |
Mots clés
Résumé
Chaque année, environ 1,5 million de personnes subissent une amputation, dont 15 % concernent le membre supérieur (ATscale, 2020). 65 millions de personnes vivent amputées. Les principales causes sont vasculaires (54 %), traumatismes (45 %), et cancers (<2 %) (Advanced solution, 2022). Dans les pays à faible revenu, seuls 5 à 15 % des amputés accèdent à une prothèse (OMS). En France, environ 40 500 personnes amputées pourraient profiter d'une meilleure technologie prothétique (Cofemer, 2016). Plus de 94 % des amputés utilisent une prothèse après amputation, mais seuls 25 % l'utilisent toute la journée, les autres finissant souvent inutilisées (« prothèse placard »). Ceci n'est pas uniquement lié aux limites technologiques (poids, inconfort, autonomie), mais aussi à une difficulté d'appropriation liée à l'absence de retours sensoriels tactiles et proprioceptifs (Gouzien, 2017). Malgré les progrès technologiques, les défis restent nombreux : interaction physique, décodage des intentions motrices, retour sensoriel, et intégration/acceptation du membre artificiel. Le rapport bénéfice/risque est toujours discuté, du fait des coûts financiers, physiques, et cognitifs élevés. L'institut Robert Merle d'Aubigné souhaite développer une prothèse avec retour sensoriel, notamment tactile (température, texture, pression, proprioception) et visuel pour améliorer l'appropriation psychologique et l'agentivité de la prothèse. Un tel retour sensoriel faciliterait la rééducation, l'apprentissage et augmenterait l'acceptabilité à long terme, améliorant la qualité de vie des amputés. Le laboratoire ETIS (CY Cergy-Paris Université/CNRS) a développé une peau artificielle innovante utilisant la Tomographie d'Impédance Électrique (TIE). Cette technologie mesure les variations d'impédance via des électrodes appliquées sur un matériau piézo-résistif (ex. Velostat, feuilles souples, économiques, basse consommation). Cette technique, non invasive et à faible coût, permet une mesure fiable de pression, température, et identification du type de matériau en contact (brevet Abdelwahed 2022). ETIS utilise des algorithmes d'intelligence artificielle (réseaux de neurones auto-organisateurs) pour reconstruire l'information tactile mesurée. Comparée aux techniques classiques, cette approche réduit considérablement les temps de calcul (x10), améliore la précision (x2) et s'adapte dynamiquement aux déformations sans pré-calibration (Pugach, 2016). Objectifs scientifiques : - Adaptation du capteur tactile aux prothèses Tester la robustesse du matériau Velostat sous contraintes mécaniques réelles (étirements, cisaillements). Si nécessaire, utiliser des tissus alternatifs (ex. Eontex). Adapter la forme du capteur (phalanges, paume) avec placement optimisé des électrodes, et utiliser des modèles neuronaux (supervisés/non supervisés) pour prédire les déformations spatiales et catégoriser les contacts (température, matériau, topologie). - Interaction apprentissage-retour sensoriel et visuel Le modèle neuronal servira également à fournir un retour visuel (sur écran) et sensoriel (vibrations ou électrotactile), aidant à la proprioception indirecte et au contrôle postural de la prothèse. Ces retours permettront au patient d'avoir une sensation d'effort cohérente avec ses mouvements et faciliteront le travail clinique. - Étude clinique : acceptabilité et agentivité Évaluer cliniquement l'intérêt du retour sensoriel dans l'acceptation et l'incorporation (embodiment) de la prothèse pendant la rééducation. L'objectif à long terme est une réduction des douleurs fantômes, une amélioration de l'image corporelle, et une diminution de la charge cognitive nécessaire à la rééducation (Lotze, 1999). Ce projet vise une technologie accessible à grande échelle, intégrable à différents types de prothèses existantes, et respectant les recommandations de coût, invasivité, intégration mécanique, et facilité d'utilisation préconisées par l'OMS.