Thèse en cours

La protection civile et pénale du mineur victime d'infractions sexuelles intrafamiliales

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Auteur / Autrice : Steffy Alexandrian
Direction : Adeline Gouttenoire
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Droit privé et sciences criminelles
Date : Inscription en doctorat le 09/10/2025
Etablissement(s) : Bordeaux
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale de droit
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : CENTRE EUROPÉEN DE RECHERCHES EN DROIT DES FAMILLES, DES ASSURANCES, DES PERSONNES ET DE LA SANTÉ

Résumé

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Les infractions sexuelles intrafamiliales commises sur des mineurs constituent une catégorie singulière en droit. Leur spécificité tient à la gravité des atteintes, qui compromettent l'intégrité physique et psychologique du mineur, et au contexte de leur commission, marqué par des liens d'autorité et de dépendance qui accentuent sa vulnérabilité. Elles se déploient au sein de la sphère familiale, traditionnellement conçue comme protectrice mais transformée en lieu de transgression. Leur caractère intrafamilial leur confère une dimension propre, en ce qu'il soulève la question de l'articulation entre droit pénal et droit civil. La répression de l'auteur et la protection du mineur doivent-elles être pensées séparément ou envisagées dans leur interaction ? C'est à partir de cette interrogation que s'inscrit le présent projet de recherche, visant à analyser l'ensemble des règles civiles et pénales applicables à ces infractions, en mettant en lumière les instruments récemment introduits et en questionnant leur cohérence. Malgré la multiplication des réformes, aucune étude d'ensemble n'a été menée depuis 2021 pour en mesurer l'effectivité et en examiner la mise en œuvre par les juridictions. Or, seule une approche globale, dépassant le cloisonnement des disciplines, paraît à même de rendre compte de la spécificité de ces infractions et de la réponse juridique qu'elles exigent. En droit pénal, les évolutions récentes traduisent une volonté affirmée de renforcer la protection des mineurs victimes. L'allongement des délais de prescription, la suspension automatique de l'autorité parentale en cas de mise en examen pour crime ou agression sexuelle incestueuse, la généralisation de l'audition filmée et le recours accru à l'administrateur ad hoc en témoignent. L'effectivité de ces mesures demeure incertaine dans un contentieux marqué par la difficulté probatoire. Commises dans le huis clos familial, ces infractions reposent souvent sur la seule parole du mineur, élément indispensable mais fragile, dont la prise en compte doit s'articuler avec le respect de la présomption d'innocence. En droit civil, l'arsenal normatif tend à assurer une protection immédiate par le retrait ou la suspension de l'autorité parentale et du droit de visite et d'hébergement. Des incertitudes subsistent quant à l'efficacité, la rapidité et la portée de ces mesures, notamment en ce qui concerne la protection de la fratrie et l'adaptation aux mineurs très jeunes ou en situation de handicap. La réflexion ne peut se limiter au droit interne et doit également intégrer le cadre international et européen. En droit international, la Convention relative aux droits de l'enfant impose aux États des obligations positives de prévention, de signalement et de protection, et la Convention de Lanzarote encadre la lutte contre les violences sexuelles. En droit européen, la Cour européenne des droits de l'homme rappelle la responsabilité des États dans la mise en œuvre de mécanismes effectifs et les directives de l'Union européenne fixent des standards communs en matière de droits procéduraux et d'accompagnement des victimes. Se pose alors la question de la conformité et de l'effectivité du droit interne au regard de ces instruments. L'analyse comparée de certains systèmes étrangers permettra de confronter le droit français à d'autres modèles et d'évaluer la pertinence de ses choix. L'objectif de ce projet de recherche est de déterminer si l'ensemble des règles civiles et pénales récemment adoptées permet d'assurer une protection effective du mineur victime d'infractions sexuelles intrafamiliales ou si leur portée demeure entravée par des insuffisances structurelles. Plus largement, il s'agit de mettre à l'épreuve la capacité du droit positif à réduire l'écart entre principes proclamés et réalités de leur application, et d'examiner si la spécificité de ces infractions, qui appelle une approche nécessairement transversale, conduit à repenser l'articulation entre répression et protection.