De Bergson à Simondon : une pensée générative dans la philosophie de l'imagination en France au XXe siècle
| Auteur / Autrice : | Kexin Hu |
| Direction : | Caterina Zanfi |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Philosophie |
| Date : | Inscription en doctorat le 01/09/2025 |
| Etablissement(s) : | Université Paris sciences et lettres |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale École transdisciplinaire Lettres/Sciences |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Pays germaniques Transfert culturels et Archive Husserl |
| établissement opérateur d'inscription : École normale supérieure - PSL (ENS-PSL) |
Résumé
Dans l'histoire de la philosophie, le concept d'imagination a longtemps été investi d'un paradigme interprétatif négatif et déficitaire : que ce soit chez Aristote, où l'imagination est perçue comme un simple résidu du mouvement sensoriel (phantasma) ; chez Spinoza, où elle représente un mode de connaissance borné au fini, irréductible à la compréhension intellectuelle de l'infini ; ou encore chez Sartre, où l'imagination, en tant que néantisation du monde perceptif, se caractérise par une pauvreté essentielle car elle est strictement limitée au contenu de la conscience, dont l'objet visé est l'absence. Pourtant, dans l'horizon de la philosophie française du XXͤ siècle, un autre versant de l'imagination se dessine : son potentiel en tant que champ génératif de la dynamique conceptuelle. La présente étude vise à inscrire l'examen de l'imagination dans la trajectoire paradigmatique de la philosophie de la vie bergsonienne, appréhendant l'imagination comme une singularité à travers laquelle se déploient un mouvement de différenciation de la durée et une activité « philosophique » décentrée. De Bergson et Bachelard à Ricur, puis à Simondon, ce travail s'attache à montrer qu'ils partagent un horizon théorique du devenir, exigeant d'une part un « dépassement de l'imagination » qui critique le morcellement artificiel de la durée par l'activité cognitive, et préservant d'autre part un espace pour une imagination expressive et transgressive, partie prenante de la dynamique générative des idées nouvelles. Les objectifs de cette recherche sont au nombre de trois : premièrement, reconstruire la structure dialectique du concept d'imagination chez Bergson et, par le biais d'un croisement textuel, élucider comment l'imagination existe comme une « ambivalence », évoluant entre sa fonction spatialisante dans Matière et mémoire et sa fonction génératrice d'idées dans L'Évolution créatrice, afin d'ouvrir une voie d'explication génétique. Deuxièmement, construire un modèle interdisciplinaire de la dynamique de l'imagination et examiner le rôle opératoire des médiations imaginatives telles que l'analogie et l'image ; en analysant l'évolution théorique qui mène de l'image poétique bachelardienne à la structure analogique simondonienne, il s'agira d'interroger dans quelle mesure l'imagination pourrait s'étendre d'une simple fonction psychologique humaine au rang d'instinct immanent de la vie. Troisièmement, introduire le contexte contemporain pour mener une réflexion sur la logique anthropocentrée de l'imagination ; à travers le prisme des transferts culturels (Sūzō Kuki, Kiyoshi Miki, Yuk Hui) et de la technique (intelligence artificielle, interfaces cerveau-machine), l'enjeu est d'esquisser un mécanisme de l'imagination sous l'horizon d'un devenir pluraliste, afin de proposer des orientations pour l'activité créatrice contemporaine et de faire de l'imagination l'objet d'une recherche ouverte sur l'avenir.