La politique de concurrence de l'Union européenne comme instrument normatif stratégique dans l'encadrement des activités sensibles de l'industrie de la défense
| Auteur / Autrice : | Tylane Arquer |
| Direction : | Nicolas Ligneul |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Droit |
| Date : | Inscription en doctorat le 01/09/2025 |
| Etablissement(s) : | Paris 12 |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Organisations, marchés, institutions |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : MIL - Marchés, Institutions, Libertés |
Mots clés
Mots clés libres
Résumé
L'Union européenne s'est progressivement affirmée comme un acteur normatif stratégique, y compris dans des secteurs historiquement réservés aux souverainetés nationales, à l'image de l'industrie de la défense. Si cette dernière relève traditionnellement d'une logique intergouvernementale, l'UE a su mobiliser des leviers juridiques relevant de ses compétences internes pour intervenir dans ce domaine sensible, notamment à travers sa politique de concurrence. Mon projet de thèse s'inscrit dans la continuité de mes recherches de mémoire de Master 2, intitulé « La concurrence européenne comme pierre angulaire du développement de l'industrie de la défense », qui analysait les effets ambivalents de la politique européenne de concurrence sur ce secteur stratégique. Ce travail a permis de mettre en évidence les tensions entre impératifs de sécurité et exigences de libre concurrence, tout en soulignant les dynamiques d'intégration progressive à l'uvre dans le cadre du marché intérieur et du droit de l'Union. La thèse visera à approfondir cette réflexion en s'interrogeant sur la manière dont la politique de concurrence peut devenir un véritable outil de régulation stratégique, au service non seulement de l'efficience économique, mais aussi de l'autonomie stratégique européenne. Elle examinera dans cette perspective le cadre juridique mis en place pour encadrer les activités dites sensibles de l'industrie de la défense, notamment à travers les articles 101 à 109 du TFUE, la directive 2009/81/CE relative aux marchés publics de défense et de sécurité, ainsi que les mécanismes de contrôle des concentrations et des aides d'État. En prenant appui sur les acquis du mémoire, la recherche doctorale s'attardera particulièrement sur les programmes européens de coopération en matière de défense (tels que le Fonds européen de la défense, la Coopération structurée permanente, ou encore les projets EDIDP et PADR), afin d'évaluer comment le droit de la concurrence s'articule, dans les faits, avec les exigences d'efficacité, de compétitivité, et de sécurité collective. Ce travail vise ainsi à répondre à une série d'interrogations juridiques et politiques : La politique de concurrence européenne est-elle compatible avec le développement d'une base industrielle et technologique de défense européenne? Comment les autorités de concurrence, et en particulier la Commission européenne, adaptent-elles leurs pratiques dans ce secteur spécifique ? Quels sont les effets concrets de l'encadrement juridique sur les entreprises de défense participant aux programmes financés par l'UE ? En croisant l'analyse normative avec l'étude empirique des effets de ces instruments sur les entreprises et les États membres, la thèse ambitionne de contribuer à la compréhension du rôle croissant du droit de l'Union dans les politiques industrielles sensibles. Elle cherchera à démontrer que la politique de concurrence, loin d'être un simple frein, peut devenir un levier stratégique pour une Europe de la défense plus intégrée et souveraine, à condition d'être adaptée aux spécificités de ce secteur.