Construction du droit pénal moderne au Japon : circulations, traductions et appropriations du droit français à l'ère Meiji (18681912)
| Auteur / Autrice : | Camille Gambier-Thomas |
| Direction : | Stéphanie Blot-maccagnan, Frédéric Constant |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Histoire du droit et des institutions |
| Date : | Inscription en doctorat le 01/09/2025 |
| Etablissement(s) : | Université Côte d'Azur |
| Ecole(s) doctorale(s) : | Droit et Sciences Politiques, Économiques et de Gestion |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : ÉQUIPE DE RECHERCHE SUR LES MUTATIONS DE L'EUROPE ET DE SES SOCIÉTÉS |
Mots clés
Mots clés libres
Résumé
Ce projet de thèse porte sur la construction du droit pénal moderne au Japon à l'ère Meiji (18681912), à travers l'étude des circulations, traductions et appropriations du droit français. L'ère Meiji marque une période de réforme juridique intense, au cours de laquelle le Japon cherche à se doter d'un système normatif compatible avec les standards occidentaux, dans un contexte de modernisation contrainte par les traités inégaux. Le droit pénal, au croisement des enjeux de souveraineté, d'autorité étatique et de contrôle social, devient un levier essentiel de cette transformation. La France occupe une place centrale parmi les modèles juridiques occidentaux introduits au Japon. L'action de Gustave Boissonade, juriste français envoyé à Tokyo entre 1873 et 1895, illustre cette influence : il participe activement à l'élaboration des premiers projets de codes, à la formation des juristes japonais et à la structuration des institutions judiciaires. Toutefois, cette recherche ne vise pas à étudier Boissonade seul, mais à interroger plus largement les processus de transfert du droit pénal français dans leur complexité, en analysant les dynamiques de sélection, de traduction, d'interprétation et de reformulation des normes juridiques par les acteurs japonais. L'hypothèse centrale est que ces transferts ne relèvent pas d'une simple imitation, mais s'inscrivent dans une logique d'appropriation stratégique, liée aux objectifs politiques, aux traditions juridiques locales et aux contraintes diplomatiques. Le projet adopte une approche d'histoire connectée du droit, attentive aux circulations transnationales, aux usages différenciés des normes, et aux débats intellectuels suscités par leur réception. La méthode combine l'analyse de sources juridiques, doctrinales et administratives françaises et japonaises, avec un intérêt particulier pour les discours réformateurs japonais, les traductions juridiques et les controverses doctrinales. Un séjour de recherche au Japon est prévu afin d'accéder aux archives locales et de renforcer les compétences linguistiques en japonais. L'apprentissage de cette langue est engagé dès la première année. L'objectif est de contribuer à une meilleure compréhension des transferts juridiques en contexte de modernisation non colonial, et de réévaluer la place de la France dans l'histoire juridique japonaise. Cette recherche apportera également un éclairage renouvelé sur la pensée de Boissonade et sur les formes concrètes d'hybridation du droit dans le Japon moderne.