Thèse en cours

Trois essais sur la transformation de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche en France : marchandisation, instruments de pilotage (COMP) et recomposition du travail à l'université.

FR  |  
EN
Auteur / Autrice : Thom Pottier
Direction : Sophie Harnay
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Sciences Economiques
Date : Inscription en doctorat le 28/08/2025
Etablissement(s) : Paris 10
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Économie, organisations, société
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : EconomiX

Résumé

FR  |  
EN

Titre : Trois essais sur la transformation de l'enseignement supérieur et de la recherche en France : marchandisation, pilotage par les instruments, et recomposition du travail universitaire Cette thèse analyse les mutations structurelles et institutionnelles à l'œuvre dans l'enseignement supérieur et la recherche (ESR) en France depuis la fin des années 1990. Elle articule trois dimensions centrales et complémentaires : la marchandisation croissante des biens académiques, la montée en puissance d'instruments de pilotage fondés sur la performance, et la reconfiguration profonde du travail universitaire. Le premier chapitre interroge les processus de marchandisation (marketisation) et de commodification de l'ESR. À travers une analyse socio-économique des politiques publiques, il examine comment formations, diplômes et productions scientifiques tendent à être traités comme des biens échangeables, évalués à partir d'indicateurs standardisés. L'étude s'appuie sur une revue critique de la littérature internationale, des études de cas sur les dispositifs d'évaluation et de labellisation, et une analyse documentaire des instruments de régulation. L'objectif est de mettre en évidence un glissement normatif vers des conventions d'évaluation marchandes et une mise en concurrence des établissements à l'échelle nationale et internationale. Le deuxième chapitre porte sur les Contrats d'Objectifs, de Moyens et de Performance (COMP), récemment généralisés, et en particulier sur leur rôle comme instruments de financement et de pilotage stratégique. Ces contrats, en conditionnant les dotations à la réalisation d'objectifs stratégiques, renforcent les logiques de spécialisation, de différenciation et de hiérarchisation entre établissements. Une base de données originale est mobilisée pour conduire une analyse quantitative des critères d'allocation et des montants attribués. Des outils d'analyse textuelle (IRaMuTeQ) permettent également d'objectiver les récurrences des objectifs assignés. L'hypothèse d'un effet Saint-Matthieu (les mieux dotés captent davantage de ressources) est testée à partir d'indices de spécialisation budgétaire et territoriale. Le troisième chapitre se concentre sur les effets de ces transformations sur le travail universitaire. Il explore l'« abstraction » croissante de ce travail, désormais structuré autour de formats standardisés (projets, appels, livrables) et d'une logique de résultats mesurables. En combinant des entretiens qualitatifs avec des enseignants-chercheurs, doctorants et personnels administratifs, et une analyse assistée par logiciel (NVivo), ce volet montre comment les contraintes de performance transforment les temporalités, les pratiques et les finalités du travail intellectuel. Il met également en lumière les tensions collectives, la fragmentation du métier et les effets genrés de la pression à la publication. En somme, cette thèse propose une lecture critique et systémique des mutations contemporaines de l'ESR en France. Elle montre comment les dispositifs de pilotage, loin d'être neutres, reconfigurent en profondeur les structures, les inégalités et les rationalités d'action dans le champ académique.