La responsabilité des entreprises d'investissement en matière de droits de l'Homme : limites de la finance responsable
| Auteur / Autrice : | Jana Todorovic |
| Direction : | Pascale Martin-bidou |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Droit public |
| Date : | Inscription en doctorat le 25/10/2021 |
| Etablissement(s) : | Université Paris-Panthéon-Assas |
| Ecole(s) doctorale(s) : | Droit international, droit européen, relations internationales et droit comparé |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Centre de recherche de l'Institut des Hautes Etudes Internationales |
Mots clés
Mots clés libres
Résumé
La responsabilité des entreprises d'investissement en matière des droits de l'Homme et du dérèglement climatique a longuement été une question marginalisée avant d'être consacrée principalement par la soft law. Depuis quelques années, les normes en matière de finance durable se multiplient, visant à réorienter les flux de capitaux vers des investissements durables. La finance durable représente une approche à faible intensité de carbone, socialement responsable et consciencieuse. Elle recouvre trois concepts : la finance responsable, la finance verte et la finance solidaire. La recherche se focalise sur la finance responsable, en ce qu'elle recouvre l'ensemble des initiatives et réglementations visant à favoriser des investissements dits socialement responsables (ISR) et concilient conjointement et au même titre, d'une part, la performance financière, et d'autre part, la performance extra-financière. L'Union européenne mène la charge sur le plan international et met en place un programme normatif ambitieux visant à réformer la réglementation du secteur des services financiers en se focalisant sur la durabilité et en incorporant des préoccupations environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). L'Union agit selon deux schémas principaux, le Plan d'action pour la finance durable (mars 2018) vise à soutenir et à promouvoir les investissements durables dans l'UE et le Pacte vert (janvier 2020) visant à atteindre la neutralité climatique d'ici 2050, par la diminution des émissions gaz à effet de serre conformément à l'accord de Paris. Toutefois, malgré les ambitions de la finance responsable, le respect des droits de l'Homme, notamment la protection du droit à un environnement sain et des droits socio-économiques, n'est aucunement garanti. En effet, les incidences négatives des investissements peuvent être constatées même dans le cadre des secteurs les plus susceptibles de contribuer au développement durable. Cela peut être rattaché à plusieurs problématiques. Notamment, le système financier de manière traditionnel porte peu d'attention aux facteurs non financiers et surtout ceux se rapprochant aux valeurs morales ou éthique comme les protections sociales et environnementales. Milton Friedman, célèbre économiste et ultralibéral, note que : « La responsabilité sociale de l'entreprise est de faire du profit ». Dans ce sens, il n'y point de morale dans les préoccupations et les responsabilités des entreprises. Les considérations non-financières sont vues comme des freins au profit et à la croissance, ainsi les réglementations obligeant cette prise en compte ne sont vues que comme des contraintes. Dans l'application de ces dernières, une méconnaissance ou une incompréhension souvent règnent ce qui crée à la fois une résistance à l'application (toléré en partie par le principe de comply or explain) et à la fois une application déformée ou spéculative. Une question générale de compatibilité se pose quant à la finance responsable en tant que produit et en tant que mode opératoire. Vendre un produit financier durable ou responsable pose certainement la question de la raison sous-jacente de sa stratégie, ses objectifs, ses valeurs. La commercialisation et marchandisation des valeurs de la finance responsable, des valeurs éthiques et morales, mène quasi systématiquement vers une déformation de l'idéal poursuivi. Une application de ces valeurs au sein du système actuel sans remise en cause de ce dernier pose également problème. Les nouvelles stratégies sont mises en place avec le même état d'esprit et empruntent les mêmes fonctionnements qu'avant, ce qui conduit à une distorsion de l'application ou de l'intention initiale. Afin de répondre à ces question, cette recherche examinera la mesure dans laquelle le droit international et européen, ses sources et sa structure sont adaptés pour reformer le système financier et responsabiliser efficacement ses acteurs en matière des droits de l'Homme et protection de l'environnement.