(Dé)construire la coopération culturelle : L'intermédiation au croisement d'enjeux professionnels, politiques et scientifiques.
| Auteur / Autrice : | Lina Allia |
| Direction : | Sarah Cordonnier |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Sciences de l'information et de la communication |
| Date : | Inscription en doctorat le 10/01/2025 |
| Etablissement(s) : | Lyon 2 |
| Ecole(s) doctorale(s) : | EPIC - Education, Psychologie, Information et Communication |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : ELICO - Equipe de recherche de Lyon en sciences de l'Information et de la Communication |
Mots clés
Résumé
Cette thèse porte sur les transformations qui traversent la coopération internationale dans la culture. Il sera question d'analyser les processus qui permettent et qui entravent une coopération multilatérale, en interrogeant les ruptures ou continuités des espaces de pouvoir admis comme traditionnels et normatifs. Pour traiter des enjeux complexes de la coopération culturelle internationale, cette thèse se situe particulièrement à l'échelle des intermédiaires culturels professionnels, dans un contexte où l'ingénierie culturelle s'est très fortement développée, professionnalisée et technicisée depuis les dernières décennies. Le développement de ce secteur ne va pas sans tensions, qui s'inscrivent dans une histoire longue des rapports entre art et société, entre créativité et technicité, entre management et liberté, etc.(Chiapello, 1998) mais sont réactivés différemment par la globalisation et les revendications décoloniales de plus en plus audibles et urgentes (Marboeuf, 2022) ; par les bouleversements des pratiques du fait du numérique ; et par de nouveaux rapports au travail, à l'organisation et à la coopération. Selon Laurent Jeanpierre et Olivier Roueff (2014), les intermédiaires sont des professionnels des secteurs artistiques et culturels qui conditionnent l'accès des artistes aux ressources matérielles et symboliques, ou à des publics. Ce sont tous ceux qui ne sont ni artistes ni publics, mais qui rendent possible l'existence et la reconnaissance sociale des uvres. Les intermédiaires peuvent être perçus, par la société et par eux-mêmes, comme chanceux d'occuper des professions prestigieuses et émancipatrices : ce sont des métiers passionnants, porteurs de sens, qui défendent des valeurs plus grandes que soi. Dans le même temps, ces métiers sont souvent invisibles, en coulisse, voire subalternes (Dehail, 2021). Dans ce secteur, le sensible est central, ce qui mène souvent à un fort investissement professionnel, parfois même militant, ou à une confusion entre les deux. L'objectif n'est pas de mener une analyse sociologique fonctionnaliste des « professions » ou des « métiers ». Au contraire, la thèse prête attention à la manière dont les environnements artistiques et culturels ressortent d'une écologie sociale plus labile, où les luttes de frontières et les stratégies de déplacement entre activités sont constantes. D'ailleurs, dans la lignée d'Howard Becker (1988) qui montre comment le monde de l'art consiste en chaînes de coopération entre acteurs hétérogènes, cette thèse entend par « intermédiaires » aussi bien des organisations, des projets, que des personnes. Il s'agit de prêter attention aux entités qui portent ou entravent les médiations, intermédiations, circulations, coopérations, etc. Ces intermédiaires naviguent dans un système de contraintes complexe, qui impose à certains un rythme effréné et entraîne un turnover élevé au sein des organisations. En conséquence, le temps et l'espace mental dédiés à la réflexivité et à l'élaboration de stratégies à long terme sont réduits, au profit de l'urgence opérationnelle. Dans ce cadre, mon objectif, par cette recherche, est de contribuer à une ingénierie culturelle plus équitable et plus soutenable face aux injustices sociales systémiques. Le fil rouge de cette réflexion est de (re)travailler la coopération dans le secteur culturel professionnel, ses modèles organisationnels et ses enjeux politiques à l'aune de la transformation digitale : une coopération transdisciplinaire et transnationale, en tenant compte des intérêts divergents mais en poursuivant des objectifs communs. Des observations situées et incarnées, dont celles vécues personnellement, serviront comme point de départ pour remonter le fil des injustices systémiques, mais aussi celui du bricolage voire de la créativité organisationnelle, qui induisent ce fonctionnement. Pour ce faire, la thèse sera portée et accueillie par deux structures : Radio Grenouille Euphonia (GE), et le réseau On the Move (OTM). Ces structures sont ainsi des lieux privilégiés pour comprendre de nouvelles productions et de circulation de savoirs (notamment numériques) ; par des politiques culturelles renouvelées et interrogées ; et par les transformations des environnements professionnels.