Thèse en cours

Le concept de loi chez Kant lecteur de Rousseau. Recherche sur une contestation de l'arbitraire aux échelles individuelle, étatique et supra-étatique.

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Auteur / Autrice : Pauline Lebrun
Direction : Gabrielle RadicaAntoine Grandjean
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Philosophie
Date : Inscription en doctorat le 01/10/2024
Etablissement(s) : Université de Lille (2022-....)
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Sciences de l'homme et de la société
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Savoirs, Textes, langages

Mots clés

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Résumé

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Notre travail entend examiner la réappropriation kantienne de la conceptualisation rousseauiste de la loi. Il apparaît en effet que Kant n'est pas le premier penseur de l'autonomie, c'est-à-dire d'une loi que la raison se donne elle-même. La réflexion kantienne sur le concept de loi ne peut être appréhendée sans celle de Rousseau, figure philosophique majeure dont Kant hérite sur le point du rapport entre loi et liberté. En quoi Kant s'est-il alors réapproprié et a-t-il infléchi l'interrogation rousseauiste sur le concept de loi ? De quelle manière Kant a-t-il interprété Rousseau ? Notre hypothèse de travail est que l'originalité kantienne se situe dans l'association problématique entre autonomie et universalité et dans la redéfinition de la rationalité en lien avec l'autonomie. Notre objectif est de montrer que la réinterprétation kantienne de la généralité rousseauiste est une clé de lecture nécessaire pour comprendre la conciliation opérée par Kant entre l'autonomie et l'universalité, conciliation qui seule rend possible la pensée et la réalité d'une liberté individuelle dans le monde. Il s'agira de s'interroger sur la nature et la portée des remaniements kantiens concernant l'autonomie individuelle, dans la mesure où la liberté individuelle est étudiée par nos deux auteurs aux niveaux individuel, étatique et supra-étatique. Après Rousseau, Kant s'intéresse en effet à l'échelle supra-étatique dans la mesure où il est nécessaire de prendre en compte les interférences des divers acteurs qui menacent la liberté humaine. S'il existe nombre de recherches concernant soit le système kantien soit le système rousseauiste, peu a en vérité été dit sur le rapport entre ces deux philosophes, ou en tout cas cela a souvent donné lieu à une « prékantisation » de Rousseau. Notre projet est ainsi motivé par la prise en considération d'une absence de travail extensif sur la réappropriation kantienne de la pensée rousseauiste, a fortiori sur le concept de loi, qui est pour nous au cœur de l'héritage rousseauiste chez Kant. Nous nous proposons en conséquence d'adopter une approche méthodologique mixte, à savoir une conjonction entre la méthode de l'étude de réception et celle de l'analyse des déplacements conceptuels que Kant opère vis-à-vis de la pensée de son prédécesseur concernant le concept de loi. Nous serons à cet égard attentifs à l'histoire de la réception kantienne des textes rousseauistes et au contexte historique et philosophique qui est celui des pensées de Kant et de Rousseau. La question est alors celle de penser ensemble ce que la tradition philosophique moderne pense très souvent séparément, à savoir la liberté et la loi. Après Rousseau, Kant envisage différents types de lois et s'interroge sur l'origine de la normativité légale qui seule peut garantir la liberté. Au sein de la philosophie kantienne, le concept de loi tente ainsi de répondre au problème de la possibilité d'une liberté réelle, en prenant en compte les ressorts et les fondements de la conduite individuelle. Le concept de loi rend intelligible la liberté de la raison pratique, dans les domaines de la moralité (devoir moral) comme du droit (légalité juridique et rapports politiques). À cet égard, si la nécessité et l'universalité fondent l'unité du concept kantien de loi, des lois de l'entendement aux lois morales en passant par les lois juridiques, le souci de concilier autonomie et universalité prend toute son ampleur dans les registres moraux, juridiques et politiques. En définitive, l'examen du concept de loi chez Kant devra nous amener à explorer en quoi la médiation de la loi est un refus de l'hétéronomie (que celle-ci provienne des passions, d'autrui, de l'État ou des autres États) et ainsi une contestation de l'arbitraire aux échelles individuelle, étatique et supra-étatique.