Thèse en cours

Kinésique faciale et corporelle en langue des signes : une sémiotique des frontières entregeste et signe

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Auteur / Autrice : Stéphane Gonzalez
Direction : Paola PietrandreaAnnie Risler
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Sciences du langage : linguistique et phonétique générales
Date : Inscription en doctorat le 01/10/2024
Etablissement(s) : Université de Lille (2022-....)
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Sciences de l'homme et de la société
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Savoirs, Textes, langages

Résumé

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La communication humaine est un assemblage multimodal complexe, combinant mots, gestes et signes. Pour McNeill (1992), les gestes, appelés « co-verbaux », sont essentiels pour construire et transmettre le sens, étant intrinsèquement liés au langage verbal. Il identifie notamment les gestes iconiques, qui imitent des objets ou actions, et les gestes métaphoriques, utilisés pour l'abstraction. Kendon (2004) introduit le concept du continuum gestuel, qui va des gestes liés à la parole aux gestes autonomes. Clark (2016) souligne la complémentarité des trois systèmes sémiologiques référentiels que sont les combinaisons de mots, les gestes d'indication et ceux de figuration gestuelle. L'expression en LSF s'inscrit également dans un système langagier comportant des combinaisons de signes manuels, associées aux gestes corporels et faciaux (Cuxac, 2000 ; Sandler, 2018 ; Liddell & Metzger, 1998). Comment distinguer les signes de la langue des gestes corporels et faciaux, alors même qu'ils sont étroitement imbriqués ? Ce questionnement nous incite à mener une recherche plus approfondie à partir de la question suivante : « Comment les expressions faciales et corporelles s'intègrent-elles dans la structure linguistique en LSF et quelle est leur place par rapport aux signes et aux gestes ? » En langue signée, le discours et sa structure se déploient dans l'espace en fonction du contexte situationnel et des interactions avec l'interlocuteur. Les éléments qui relèvent du verbal et du co-verbal sont étroitement imbriqués, puisqu'ils sont tous portés par des mouvements du signeur, sur une même modalité gestuelle. Pour cette raison, établir la frontière entre les deux semble éminemment complexe pour les langues des signes. L'originalité de notre projet est de s'appuyer sur les travaux menés sur les langues parlées (Müller, Caillat, Monte), et de les croiser avec l'approche prônée par Risler pour la LSF (2014, 2023) pour interroger la fonction des mimiques faciales dans les interactions en langue signée. Notre étude novatrice espère ainsi apporter une nouvelle perspective sur la spécificité de la communication en LSF, en explorant des dynamiques encore méconnues. Nous nous proposons, dans un premier temps, d'examiner la nature même du discours signé. Nous postulons que l'expression en LSF intègre non seulement des expressions kinésiques mais aussi des gestes. Nous entreprendrons de discerner, décrire et catégoriser les éléments de sens qui relèvent de la gestualité et ceux qui relèvent des constructions de signes lexicalisés. Dans un second temps, nous développerons une autre hypothèse : les expressions kinésiques faciales et corporelles sont des compléments informationnels qui marquent le signe lexicalisé, le groupe nominal ou verbal, ou la phrase ; elles remplissent des fonctions selon la référence portée par le corps ou le visage du signeur à tel moment de son expression signée. Notre objectif est de mettre en évidence leur rôle crucial dans l'enrichissement du sens et dans l'apport de nuances aux informations transmises par les constructions linguistiques. Ce projet de recherche se concentre sur la distinction entre gestes et signes en LSF, un sujet crucial encore sous-exploré malgré son impact significatif sur l'enseignement, l'interprétation et la traduction, ainsi que pour diverses applications professionnelles. En clarifiant cette distinction, nous enrichirons notre compréhension des structures grammaticales de la LSF et préciserons le rôle des gestes, dans l'objectif également d'améliorer la didactique de la LSF. Cette recherche apportera de surcroît sa contribution à la linguistique et à la sémiotique, en étudiant les interactions entre gestualité et langage verbal. Les découvertes seront partagées avec la communauté scientifique, favorisant la recherche interdisciplinaire, l'innovation — comme le développement d'avatars communicants basés sur des données précises —, et offrant une perspective plus nuancée sur la communication humaine.