La recherche des origines personnelles
| Auteur / Autrice : | Maddy Leurent |
| Direction : | Blandine Mallevaey |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Droit privé et sciences criminelles |
| Date : | Inscription en doctorat le 30/11/2024 |
| Etablissement(s) : | Valenciennes, Université Polytechnique Hauts-de-France |
| Ecole(s) doctorale(s) : | Ecole Doctorale Polytechnique Hauts-de-France |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Centre de Recherche sur les Relations entre les Risques et le Droit |
| Equipe de recherche : C3RD - Equipe |
Mots clés
Résumé
Au cours des dernières décennies s'est développé un véritable engouement de la population pour les recherches généalogiques. Cette tendance est révélatrice d'un désir profond, voire viscéral pour certains, d'accéder à leurs origines. Cette quête, essentiellement d'ordre psychologique, n'est pas restée sans traduction juridique puisque la Cour européenne des droits de l'Homme a, dès 1989, consacré le droit de connaître ses origines. Par ailleurs, il est aujourd'hui certain que la recherche des origines et la connaissance de son histoire personnelle sont essentielles dans le développement de l'enfant. La lumière sur l'impérieuse nécessité de connaître ses origines et des problématiques sous-jacentes qui les entourent ayant été faite, l'accès aux origines a fait l'objet de nombreux travaux au point de constituer la thématique la plus débattue de la dernière révision des lois bioéthiques. En effet, la loi bioéthique du 2 août 2021, dont l'innovation majeure est l'ouverture de l'assistance médicale à la procréation aux couples de femmes et aux femmes seules, initie de nouveaux droits pour l'enfant à connaître ses origines, notamment par la levée de l'anonymat du tiers donneur. Néanmoins, si la levée de l'anonymat en matière d'aide médicale à la procréation est au cur de l'actualité, la recherche des origines concerne naturellement d'autres thématiques. Ont récemment été soulignées les dérives ayant gangréné l'adoption internationale dans les années 1980 et 1990. En effet, la Mission interministérielle relative aux pratiques illicites dans l'adoption internationale en France a publié son rapport en mars 2024. Celui-ci souligne la gravité des manquements subis par les familles et les enfants ayant été adoptés alors qu'ils étaient originaires de pays étrangers. Il est alors bien difficile pour ces enfants adoptés, devenus aujourd'hui adultes, de faire la lumière sur les circonstances de leur adoption. L'accouchement dans le secret est également l'un des enjeux de la recherche des origines. Il est donc nécessaire d'appréhender les questions qui gouvernent l'anonymat dans le cadre de l'accouchement sous X, ces dernières ayant également fait l'objet de critiques en raison de l'insuffisante préservation des droits des enfants à connaître leurs origines. À ce jour, l'étude des textes applicables et de la jurisprudence, tant sur le plan national qu'international, permet d'affirmer qu'il existe un droit à la connaissance de ses origines qui ne cesse de prospérer. Néanmoins, dans des situations comme celles de l'accouchement dans le secret ou de l'aide médicale à la procréation avec tiers donneur, ce droit est souvent limité ou annihilé par le droit des parents ou du tiers donneur de ne pas lever le secret de leur identité. La Cour européenne des droits de l'Homme, dans sa décision en date du 30 janvier 2024 (Cherrier contre France), conclut à une absence de violation de l'article 8 de la Convention garantissant le droit à la vie privée et familiale. En revanche, une opinion dissidente est également exprimée. Celle-ci met en lumière le fait que la France, minoritaire sur sa position concernant le droit d'accès aux origines personnelles, semble favoriser les liens affectifs au détriment des liens du sang. L'équilibre entre les droits de la femme accouchant sous X et le droit de l'enfant à connaître ses origines pourrait ainsi ne pas être respecté. Il est à noter que ce droit à l'anonymat semble, pour les enfants engendrés dans ces circonstances, entrer en conflit avec les articles 7 et 8 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989 garantissant le droit pour les enfants de connaître leurs parents ainsi que leur identité. Ces nouvelles connaissances sur les enjeux de droit d'accès aux origines personnelles rendent désormais primordial d'envisager les futurs possibles et souhaitables des régimes juridiques français entourant cette question.