La co-construction de la référence dans le discours en français : Une étude des dynamiques de construction de la référence dans les interactions en ligne et hors ligne.
| Auteur / Autrice : | Caroline Bossant |
| Direction : | Paola Pietrandrea |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Sciences du langage : linguistique et phonétique générales |
| Date : | Inscription en doctorat le 16/09/2024 |
| Etablissement(s) : | Université de Lille (2022-....) |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Sciences de l'homme et de la société |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Savoirs, Textes, langages |
Mots clés
Mots clés libres
Résumé
Cette thèse propose une analyse de la construction de la référence dans les interactions en ligne et hors ligne afin de comprendre les mécanismes linguistiques et discursifs à l'uvre dans la communication publique/privée à l'ère numérique. La référence est entendue ici comme le processus intentionnel de désignation d'une entité extralinguistique introduite dans le discours au moyen d'un signe tacitement accepté par au moins deux locuteurs. Les études cognitivo-informationnelles sur l'acte référentiel (Searle 1969 ; Croft 2001) ont montré comment celui-ci est formellement réalisé par des expressions pronominales et nominales. Bien que la théorie du centrage (Cornish 1999) et l'analyse conversationnelle (Apothéloz & Pekarek Doehler 2003) soulignent l'importance de la construction dynamique et collaborative de la référence, ces travaux se concentrent surtout sur les expressions référentielles typiques. La théorie du centrage suggère que pour assurer la fluidité et la cohérence dans l'échange certains éléments sont mis au centre de l'attention, influençant le choix d'expressions référentielles. Seulement, ces études tendent à limiter ce choix à la saillance locale ou cognitive des référents. L'approche conversationnelle a bien montré l'impossibilité de séparer l'expression de la référence de la dynamique interactionnelle, mais privilégie une étude sémasiologique du phénomène. La thèse insiste sur le fait que la référence en tant que produit de l'activité interactionnelle est approximative, subjective et instable évoluant selon les points de vue et les contextes. La référence n'est pas seulement dépendante de la forme de l'énoncé et d'expressions référentielles standards, elle est construite par cette forme. Si certains mots et expressions sont disponibles dans le lexique pour désigner une entité du monde, des stratégies linguistiques et discursives (catégorisation, reformulation...) sont nécessaires pour construire progressivement et collaborativement la référence, et parvenir à une compréhension mutuelle. Des études en sciences cognitives sur les actions conjointes dans l'interaction ont mis en évidence 3 stratégies fondamentales utilisées pour construire la référence (Clark 2016 ; Dingemanse 2020) : describing (créer des références au moyen de descripteurs conventionnels), indicating (établir un lien d'indexation du référent à un site perceptible), depicting (utiliser un espace référentiel pour en imaginer un autre). Ces travaux montrent comment ces stratégies participent à la co-construction de la référence, effectuée à travers des schémas discursifs réguliers. Sur le plan théorique, le projet propose une approche globale et interactionnelle de la référence pour l'examen comparatif des différentes formes d'expressions référentielles et de la dynamique de construction de la référence dans les communications orales et médiées. Empiriquement, l'étude prolonge un travail entamé en Master, consistant à construire un corpus d'interactions en ligne/hors ligne selon les caractéristiques du contexte discursif (coprésence, cotemporalité...). L'annotation distingue 4 stratégies de la référence (naming, describing, indicating, depicting) des actions interactionnelles contribuant à la co-construction de la référence (acceptation, réparation, correction...). À l'aide d'une méthodologie corpus-driven, trois aspects de la construction de la référence seront étudiés : la distance et la proximité entre locuteurs, la dynamique de construction incrémentale de la référence, l'exploitation et l'interrelation des 4 stratégies référentielles. Les objectifs actuels sont : stabiliser le schéma d'annotation, annoter un corpus de 50 000 mots (40 échantillons de discours publics/privés en ligne/hors ligne), mesurer l'accord inter-annotateurs, modéliser la construction incrémentale de la référence dans les interactions orales/numériques, et pouvoir dire dans quelle mesure et dans quel contexte on parle de la même chose quand on communique.