(Re)créer les conditions du social dans le champ de la protection de l'enfancevia la recherche biographique
| Auteur / Autrice : | Alassane Diallo |
| Direction : | Bruno Hubert |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Sciences de l'éducation et de la formation |
| Date : | Inscription en doctorat le 04/11/2024 |
| Etablissement(s) : | Université de Lille (2022-....) |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Sciences de l'homme et de la société |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Centre Inter-universitaire de Recherche en Education |
Mots clés
Résumé
En France, le secteur de la protection de l'enfance fait face à un phénomène « dramatique » : la multiplication des situations de souffrance au travail (Risques Psychosociaux) qui favorisent et/ou accentuent l'instabilité des équipes éducatives et de directions (turnovers, arrêts maladie), ce qui a des conséquences néfastes dans l'accompagnement des enfants placés par l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE). Les établissements et structures peinent à recruter des travailleurs sociaux ! Dans certains départements c'est une vraie pénurie, le manque de personnel est prégnant. Les chefs de service appellent à l'aide, les équipes aussi (Chambrin, Lego, Rouzel, 2022). De plus, « le nombre de places augmente fortement alors même que les capacités d'accueil des départements saturent et que (...) le secteur traverse une crise aigüe d'attractivité » (El Haïry, 2024). Les établissements doivent faire face à l'évolution de ce phénomène complexe et multi-factoriel que nous explorerons dans ce travail de recherche, notamment la gouvernance de type entrepreneurial des MECS. Le travailleur social est sommé de devenir un agent de contrôle social chargé d'appliquer des procédures standardisées (Niewiadomski, 2020). Ce nouveau mode de gouvernance a ainsi favorisé des injonctions paradoxales permanentes, complexifié les pratiques professionnelles et normalisé un système paradoxant mettant l'ensemble des professionnels du secteur social sous pression (Diallo, 2023). Compte tenu du contexte particulier du secteur de la protection de l'enfance dans le Département du Nord, nous souhaitons mettre en uvre au sein de celui-ci, une recherche collaborative dans le champ théorique de la recherche biographique, questionnant la métacommunication et l'analyse de l'activité professionnelle pour favoriser la professionnalisation du secteur de la protection de l'enfance. L'objectif de ce nouveau projet est de développer des pistes de compréhension afin de (re)créer les « conditions du social » dans le Département du Nord. Il s'inscrit ainsi dans la continuité du Comité départemental de la protection de l'enfance (CDPE) dans le Nord qui a pour vocation à engager des réponses coordonnées entre tous les acteurs de la protection de l'enfance. Nous co-construirons avec les professionnels de différentes MECS du Département du Nord, par l'analyse biographique de leur activité professionnelle, des éléments de compréhension et d'analyse concernant les origines des situations de souffrance mais également susceptibles de favoriser la question du sens au travail. Nous cherchons ainsi à mettre en évidence dans quelles mesures, « la métacommunication peut alors avoir un effet de prise de conscience, de soulagement individuel par un effet de réflexivité collectif, de libération des tensions provoquées par la confrontation permanente à des doubles contraintes » (de Gaulejac et Hanique, 2015). Hubert (2015) rappelle l'importance « d'accorder du temps et des espaces à la dimension autobiographique pour « explorer ce qui peut éventuellement dans leur parcours peser sur leur activité professionnelle » (Hubert, 2022, p. 60). A travers cette thèse, nous nous inscrirons dans le champ de la recherche biographique comme méthode de recherche pour produire une « intelligence collective ». Accepter d'entrer en récits, ce n'est pas uniquement mettre en mots son vécu mais c'est s'engager dans son histoire professionnelle au point d'en faire un objet de travail partageable (Hubert, 2022, p. 66). Une première démarche exploratoire sera effectuée auprès de professionnels de différentes MECS du Département où nous mènerons des focus groupes et des entretiens individuels afin de comprendre et analyser leurs points de vue concernant les liens entre le nouveau mode de gouvernance, la perte de sens et les situations de souffrance au travail. La deuxième étape sera consacrée à une recherche participante au sein de différents établissements afin d'établir des constats autour de la communication institutionnelle et des pratiques professionnelles. Ce travail permettra ainsi de développer une intelligence collective pour produire du sens, amener les professionnels (et étudiants) à passer de l'individu ressources à sujet (de Gaulejac, Hanique, 2015) et sortir de l'impasse des injonctions paradoxales par la réflexion et la prise de conscience individuelle et collective.