Thèse en cours

De la sixième extinction des espèces au carcéral zoologique : penser les pratiques de patrimonialisation du vivant dans l'anthropocène.

FR  |  
EN
Auteur / Autrice : Gersande Pasquini
Direction : Dejan Dimitrijevic
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Sociologie anthropologie
Date : Inscription en doctorat le 01/12/2024
Etablissement(s) : Lyon 2
Ecole(s) doctorale(s) : ScSo - Sciences Sociales
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : LADEC - Laboratoire d'anthropologie des enjeux contemporains

Mots clés

FR  |  
EN

Résumé

FR  |  
EN

Au cœur de ses huit hectares, le zoo du Parc de la Tête d'Or accueille des animaux nés en captivité — girafes, daims, gibbons, capucins, phasmes, panthères ou zèbres — sans perspective de réintroduction dans des milieux dégradés (déforestation, pollution, fragmentation). Présenté comme une arche de la biodiversité menacée, le zoo n'est pourtant pas clos : faune captive, faune locale (oiseaux, écureuils, rongeurs, insectes) et visiteurs humains cohabitent. L'espace constitue un écosystème artificiel mais poreux, traversé de relations multiples. Il est aussi un lieu de gouvernementalité : gestion, surveillance et exposition des espèces s'y combinent. Les animaux sont ainsi doublement exposés, aux regards du public et aux circulations virales, ce qui confère au zoo une dimension sanitaire accrue depuis le Covid. Trois notions structurent ce projet : captivité, sauvegarde, exposition. Captivité : condition matérielle et éthique, justifiée par un discours de protection. Sauvegarde : opération sélective et normative, fondée sur des régimes de valeurs écologiques, esthétiques et politiques. Exposition : mise en spectacle d'une vulnérabilité en partie créée par l'institution. Conserver le vivant suppose de choisir certaines espèces parmi celles jugées menacées. Si l'UICN définit les critères de menace, relayés en France par le MNHN, leur mise en œuvre locale répond à d'autres logiques. Les parcs zoologiques intègrent des espèces inscrites dans les programmes européens d'élevage (EEP), selon des critères reproductifs, pédagogiques ou logistiques, sans lien direct avec le risque d'extinction. La conservation se traduit par la captivité, la scénographie et la traçabilité (Roustan, 2023). Le zoo fonctionne alors comme espace de tri politique, esthétique et sanitaire, donnant à voir une nature sélectionnée et domestiquée selon des logiques scientifiques, émotionnelles et éthiques. La thèse analyse ces tensions au sein du zoo du Parc de la Tête d'Or, en interrogeant la mise en œuvre locale de la « protection de la biodiversité ». Le terme même de biodiversité, mobilisé comme un bloc homogène, recouvre en réalité des niveaux hétérogènes (gènes, espèces, écosystèmes) dont le tri s'opère par le confinement et la scénographie en biozones. Les dispositifs zoologiques visent à préserver des espèces, tout en les soumettant à un régime d'enfermement qui transforme leur physiologie, leur sociabilité et leurs comportements. Cette narration centrée sur la protection efface les liens historiques entre colonialisme et zoo, au profit d'un discours consensuel de soin. La faune exposée relève ainsi d'une chimère bioculturelle : un organisme hybride façonné à la fois par un imaginaire occidental du « sauvage » et par un ensemble de techniques de maintien en vie (soins vétérinaires, reproduction programmée, gestion génétique, normes sanitaires). Les recherches montrent que la captivité induit des adaptations génétiques, une élévation des marqueurs de stress et des comportements stéréotypés (Menargues, Urios & Mauri, 2008 ; Mason & Clubb, 2007). La conservation ex situ modifie donc en profondeur ce qu'elle prétend préserver. Ces contradictions structurent l'analyse : préserver la vie tout en l'enfermant ; promouvoir l'authenticité du « sauvage » tout en scénarisant les animaux ; prévenir les zoonoses en multipliant les interfaces homme-animal ; privilégier les espèces reproductrices plutôt que les plus menacées ; garantir la génétique au détriment des dynamiques sociales. L'enquête ethnographique suivra dispositifs matériels (enclos, protocoles sanitaires), régimes symboliques (discours, scénographies) et cadres réglementaires (EEP, normes vétérinaires) pour comprendre comment ils s'articulent, se contredisent et redéfinissent la notion de « protection de la biodiversité » dans le zoo du Parc de la Tête d'Or. Enfin, ce travail s'inscrit dans un contexte institutionnel en mutation : sous la pression d'associations de bien-être animal, la mairie de Lyon envisage de transformer le zoo en sanctuaire, sans définition claire de ses contours. La problématique peut se résumer ainsi : Comment l'institution zoologique reconfigure-t-elle la biodiversité qu'elle entend protéger, au travers de la captivité, de la sauvegarde sélective et de l'exposition publique ?