Thèse en cours

LE RENFORCEMENT DE LA PROTECTION FONCTIONNELLE DES ÉLUS LOCAUX: UNE NÉCESSITÉPOUR UNE SÉCURITÉ ACCRUE PENDANT ET À L'ISSUE DES FONCTIONS.

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Auteur / Autrice : Kpobehi rosine Djedje
Direction : Nadine Dantonel-cor
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Droit public
Date : Inscription en doctorat le 09/11/2024
Etablissement(s) : Université de Lorraine
Ecole(s) doctorale(s) : SJPEG - SCIENCES JURIDIQUES, POLITIQUES, ECONOMIQUES ET DE GESTION
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : IRENEE - Institut de Recherches sur l'Evolution de la Nation Et de l'Etat

Résumé

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Les élus locaux, en tant que citoyens, bénéficient des droits et libertés qui sont le partage de chaque membre de la société et dont la protection est garantie par la constitution. A ces droits et liberté s'ajoutent des droits spéciaux en lien avec leur mandat d'élu. Parmi ces droits spéciaux figure la protection fonctionnelle. Cette protection a ses fondements dans les dispositions du code général des collectivités territoriales (CGCT), mais elle a été largement précisée par la jurisprudence. Par conséquent, elle est encadrée par le législateur et le juge qui contrôle sa mise en œuvre. Elle se défini comme « la Protection assurée par l'administration à ses agents victimes d'agression ou de harcèlement dans l'exercice de leurs fonctions, ou qui font l'objet de poursuites civiles ou pénales à raison de fautes de service. Elle peut aussi être accordée aux élus locaux pendant leur mandat ». Il faut entendre par élus locaux, les élus repartis entre membres des assemblées locales (conseil municipal, conseil départemental, conseil régional) et les exécutifs, eux-mêmes issus des assemblées. Dans le cas des élus municipaux, le CGCT énonce en son article L. 2123-34 que « La commune est tenue d'accorder sa protection au maire, à l'élu municipal le suppléant ou ayant reçu une délégation ou à l'un de ces élus ayant cessé ses fonctions lorsque celui-ci fait l'objet de poursuites pénales à l'occasion de faits qui n'ont pas le caractère de faute détachable de l'exercice de ses fonctions » et en son article L. 2123-35 que « la commune est tenue de protéger le maire ou les élus municipaux, le suppléant ou ayant reçu délégation contre les violences, menaces ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion ou du fait de leurs fonctions et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ». C'est ainsi qu'un maire victime de diffamation a bénéficié de la protection fonctionnelle de sa commune qui a pris en charge les frais exposés dans le cadre d'une instance pénale. Par conséquent, la protection fonctionnelle permet de protéger les élus dans les situations les plus diverses, attaques, incidents ou autres accusations dont ils peuvent faire l'objet de la part des administrés ou des autres élus locaux. Les agressions et les poursuites contre les élus locaux, sont nées de l'impunité dont l'administration publique, ses agents et toute autorité investie d'un pouvoir public ont bénéficié dans l'ancien régime. Mais, ces derniers sont passés de l'impunité au statut de justiciables ordinaires, sur la base de l'article 15 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789, selon lequel, chaque membre de la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration. Par conséquent, les poursuites se sont multipliées considérablement. Pour mettre les élus locaux à l'abri des poursuites infondées et éviter qu'ils soient condamnés à réparer des dommages alors qu'ils agissaient au compte de la collectivité territoriale, le conseil d'état, en 1971 à travers l'arrêt Gillet, a reconnu comme principe général du droit la protection due par les collectivités à leurs élus faisant l'objet de poursuites judiciaires. Ensuite, avec l'article 11 de la loi de 1983 portant droit et obligations des fonctionnaires, l'article L.2123-35 du CGCT, et la loi de 2002 relative à la démocratie de proximité, le législateur a clairement étendu aux élus locaux la protection assurée aux fonctionnaires et a voulu la rendre identique pour mieux protéger les élus. Cependant, depuis le tireur fou de Nanterre qui a ôté la vie à 8 élus municipaux le 27 mars 2002, suivi de l'agression à l'arme blanche dont était victime le maire de Paris, Bertrand Delanoé, dans la nuit du 5 au 6 octobre de la même année jusqu'à l'incendie de sa maison et de ses voitures dont a été victime le maire de Saint-Brevin-les-Pins, Yannick Morez le 22 mars 2023, les agressions et poursuites contre les élus locaux n'ont cessé de se multiplier. Au 12 novembre 2023, 2387 élus avaient été victimes d'agressions, soit 15 % de hausse, selon le ministère de l'intérieur contre 32% de hausse en 2022 pour 2265 cas d'agressions. Cette montée de violence générale à laquelle font face tous ces dépositaires d'une forme d'autorité de l'Etat a pris de l'ampleur avec la décentralisation et s'est aggravée avec le renforcement de celle-ci. En effet, les lois de décentralisation ont accru les compétences des collectivités territoriales et transféré d'importants pouvoirs de décisions aux élus locaux. Mais, leurs décisions rencontrent souvent la désapprobation de leurs populations qui n'hésitent pas à s'opposer violemment à eux. Les élus locaux considèrent que le régime de protection fonctionnelle qui leur est actuellement appliqué, d'une part, n'est pas assez dissuasif et ferme contre les agresseurs et, d'autre part, ne les prend pas suffisamment en charge matériellement. Ils demandent le renforcement de la protection que leur doit les collectivités territoriales et l'État. Pour répondre à ce besoin, certaines actions comme la protection physique par des gendarmes, sont menées et une proposition de loi visant à renforcer la protection des élus est présentement débattue au parlement. Toutefois, il convient de savoir si ces mécanismes qui sont mis en œuvre ou en cours d'expérimentation sont suffisants pour répondre aux menaces en ligne, aux actes de violence physique, ou d'autres formes d'agressions dirigées contre les élus locaux ? Quelles sont les reformes législatives à entreprendre pour renforcer la protection fonctionnelle des élus locaux, tout en assurant un équilibre entre cette protection nécessaire et le respect des principes démocratiques et de la transparence dans l'administration publique locale dans le but de réduire les mécontentements des administrés et donc des conflits ? Intervenir dans la sphère des élus locaux pour mieux organiser leur sécurité dans leur mandat et à l'issue de leur mandat, revient à les placer dans des conditions optimales de travail afin de leur permettre de remplir sereinement leurs missions. Aucun élu ne doit démissionner par peur des attaques. La fonction de l'élu local doit demeurer attractive pour le bon fonctionnement de la politique de décentralisation de l'État. Il serait donc intéressant de contribuer à cet objectif en procédant à l'identification des causes ou raisons réelles qui entrainent ces attaques, à partir d'enquêtes effectuées auprès des élus locaux et des représentants de certaines associations. L'ensemble des éléments d'enquête va permettre, d'une part, d'identifier les insuffisances des mécanismes et du régime de protection fonctionnelle actuelle, et d'autre part, de déterminer comment l'évolution ou la transformation des institutions locale affecte la relation entre les élus et leurs populations. Le résultat de ces analyses nous permettra d'élaborer des recommandations et solutions appropriées que nous pourrons enrichir à la lumière du modèle de certains États. Ce projet de thèse s'inscrit dans le thème « Mutations des institutions et des organisations » du laboratoire de recherche IRENEE dans la mesure où l'accent sera mis sur la décentralisation, les collectivités territoriales et leur évolution. Nous verrons comment cette évolution a redéfini les compétences et les responsabilités des collectivités territoriales et donc des élus locaux, et son impact significatif dans la relation entre les élus locaux et leurs populations. Cette approche entre dans le cadre du sous thème « mutation de l'action publique », parce que c'est la multiplication des décisions adoptées par les collectivités territoriales dans leurs domaines de compétences qui augmente les risques d'attaques, entrainant la nécessité d'une protection renforcée. De plus, nous étendrons cette étude au sous thème « mutation des organisations politiques et administratives » pour montrer l'impact du politique dans les attaques dont sont victimes les élus locaux.