Thèse en cours

Le Palais du Travail de Villeurbanne et la Casa del Fascio de Bologne, 1890-1980 : une histoire comparée des formes d'organisation de la sociabilité et de la culture populaires dans l'Europe du XXe siècle et de leur inscription dans la ville.

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Auteur / Autrice : Emma Biscarros
Direction : Manuela MartiniPhilippe Rygiel
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Histoire, Histoire de l'Art
Date : Inscription en doctorat le 06/01/2025
Etablissement(s) : Lyon 2
Ecole(s) doctorale(s) : ScSo - Sciences Sociales
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : LARHRA - Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes

Résumé

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La thèse porte sur une étude comparée de deux équipements politico-culturels municipaux créés dans l'entre-deux-guerres : la ''Casa del Fascio'' de Bologne (1923) et le Palais du Travail de Villeurbanne (1934). L'apparition concomitante, de part et d'autre des Alpes, et plus largement en Europe, dans les décennies 1920 et 1930, de cet équipement multifonctionnel d'un genre nouveau qu'est la Maison du Peuple/du Fascisme marque l'entrée dans l'ère des loisirs. Elle représente le symbole de l'obtention, par le mouvement ouvrier, d'une de ses revendications historiques : la journée de travail de huit heures, et l'affirmation matérielle de cette conquête dans le paysage urbain. En même temps qu'elle constitue une façon de répondre, pour des forces politiques en compétition sur ce terrain, à l'enjeu d'organiser - voire d'encadrer - ce temps nouvellement ''libéré'' des ouvriers·ères, dans un contexte de forte polarisation politique et de concurrence croissante d'une ''culture de masse'' rendue possible par la naissance des industries culturelles et l'apparition de nouvelles technologies de communication et d'information (radio, cinéma parlant). Si ces deux équipements se veulent une réponse originale à des données nouvelles, ils s'inscrivent toutefois dans l'histoire plus longue des formes d'organisation de la culture et de la sociabilité populaires. En particulier celle des Maisons du Peuple ouvrières, qui trouvent leur origine dans le socialisme réformiste belge de la fin du XIXe siècle, où elles naissent comme les foyers d'organisation du mouvement ouvrier, rassemblant sous un même toit les activités partisanes, syndicales, coopératives, mutualistes, culturelles, éducatives et récréatives de ce dernier, en vue de fédérer les diverses composantes de la lutte des classes et de politiser le quotidien ouvrier. La filiation avec cette histoire ouvrière est directe et explicite dans le cas du Palais du Travail de Villeurbanne, dont le maire justifie la construction devant le conseil municipal en 1927 par la nécessité de doter la ville et ses ouvriers, jusqu'ici ''isolés les uns des autres'', d'une Maison du Peuple qui leur permette de se regrouper pour ''améliorer leur sort''. Elle fait en revanche l'objet d'une récupération à des fins distinctes dans le cas de la ''Casa del Fascio'' (Maison du Faisceau) de Bologne, conçue par un fasciste de la première heure et ex-anarchiste, Leandro Arpinati, qui s'inspire de l'organisation capillaire du parti socialiste italien, basée sur un réseau de ''Case del Popolo'' locales, pour mettre en oeuvre une diffusion territoriale fine du fascisme visant à lui assurer l'adhésion populaire par la conquête ''des coeurs et des esprits'', après une phase initiale de conquête violente du pouvoir par les attaques squadristes. Notre étude vise à approfondir la compréhension de ce moment crucial que représente l'institutionnalisation des Maisons du Peuple dans ''les années troubles'' de l'entre-deux-guerres, qui sont aussi celles de la genèse des premières politiques publiques de la culture et des loisirs. Que ce soit avec le sous-secrétariat à l'organisation des loisirs du Front Populaire en France ou avec la création de l'organe central du ''Dopolavoro'' dans l'Italie fasciste, quelle place occupent ces équipements dans la politique culturelle en train de se dessiner dans ces deux pays ? Quelles conceptions de la culture et des loisirs traduisent-ils et avec quelles évolutions au cours du XXe siècle ? Comment cet héritage et cette généalogie sont-ils appréhendés après la Libération ? De quelles relations entre pouvoirs publics et mouvement associatif témoignent-il ? En somme, en quoi l'étude de ces équipements nous permet-elle d'éclairer plus largement la trajectoire historique des politiques culturelles en France et en Italie au XXe siècle ? La thèse cherchera, par une approche comparative, à mettre en lumière les différences et les similitudes entre ces deux modèles d'organisation des loisirs et de la sociabilité populaires imaginés de manière contemporaine mais dans des régimes politiques aux idéologies antagonistes, dans le contexte de l'entrée de l'Europe dans l'ère de la politique des masses et de la naissance des politiques culturelles.