La Shoah à travers les écrits intimes d'adolescents juifs européens durant la Seconde guerre mondiale
| Auteur / Autrice : | Aline Mattana |
| Direction : | Manon Pignot |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Histoire et civilisations Histoire Contemporaine |
| Date : | Inscription en doctorat le 01/11/2024 |
| Etablissement(s) : | Amiens |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale en Sciences humaines et sociales |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : CHSSC Centre d'Histoire des Sociétés, des Sciences et des Conflits |
Mots clés
Résumé
Il s'agit d'une étude comparée de la Shoah du point de vue des adolescents qui ont rédigés des journaux intimes. Cette étude sera transnationale puisqu'elle prendra en compte un corpus d'une soixantaine de Journaux écrits dans de nombreuses langues à travers toute l'Europe par des scripteurs ayant entre 10 et 18 ans. Il s'agira à travers des écrits intimes et personnels de regarder « à hauteur d'adolescents » les différentes expériences de guerre vécues par les autrices et auteurs de ces journaux. En effet, il semble intéressant de comparer les expériences de guerres d'un jeune enfermé dans le ghetto fermé de Varsovie ou celui d'un ghetto-camp comme Terezin, de comparer les journaux citadins de Bruxelles et ceux de paysans dans la campagne polonaise mais également de prendre en compte les expériences de ces adolescents cachés dans des familles ou des maisons d'enfants, ceux qui ont fui à travers d'Europe. Ce projet s'inscrit dans les récents champs de recherche de la Shoah notamment celui de la micro-histoire. En effet, à travers la lecture et l'analyse de ces journaux, il semble qu'il soit plus aisé de comprendre comme l'histoire a été vécue « au ras du sol », peut être de la même façon par une même génération d'individus dont les préoccupations sont largement différentes de celle des adultes qui les ont en charge. De plus ces mêmes adultes voient leur rôle modifié fortement par la guerre, les discriminations et les persécutions. Ainsi cette modification du rôle des parents et l'éclatement des familles amène ces adolescents à endosser des rôles inédits et leurs réactions face à cela transparaissent dans leurs écrits. Ainsi l'étude se concentrera sur ce que nous apprend le journal sur l'adolescent, sa famille, sa vie, son pays, sa ville ou son quartier mais également sur la Grande Histoire : celle de la Seconde Guerre mondiale, de la Shoah et de la communauté juive. Comparer ses journaux écrits, à travers toute l'Europe occupée par les nazis, dans des langues multiples et dans des situations diverses (ghetto, enfants cachés, à la campagne, en ville) permettra une étude transnationale, trans-géographique pour permettre de répondre à la question suivante : Peut-on faire l'histoire européenne de l'adolescence juive durant la Shoah ? Peut-on parler d'une génération ayant vécue la Shoah ? Peut- on dresser une liste de points communs ou de différences entre eux concernant leur culture, leur milieu social, leurs attentes en l'avenir, leurs goûts, leur orientation politique, religieuse ? Si oui, a-t-elle exprimé un point de vue particulier, différent de celui des adultes ? Peut-on considérer comme Objet d'histoire les jeunes diaristes de la Shoah contrairement aux propos d'Annette Wieviorka ? Est-il possible de comparer ces expériences de guerre et de dresser finalement un tableau de l'expérience adolescente durant la Shoah ? Pourquoi se diriger vers des journaux intimes ? Car ce type d'écrits conserve une authenticité certaine. En effet, ils n'ont pas été récoltés à l'oral après la guerre par des institutions dans un cadre mémoriel ou juridique. Ils ne sont donc pas orientés par des questionnaires et retranscrit par des adultes. L'étude s'intéressera en premier lieu à la motivation qui pousse ces jeunes à entreprendre l'écriture d'un journal. Parle-t-on de motivations individuelles (thérapie personnelle, besoin de s'exprimer, besoin d'un confident ) ou sociales et collectives (témoigner de ce que l'on voit, de l'horreur ) ? La judéité a-t-elle été le moteur dans la prise d'écriture en raison d'une habitude culturelle, de suivi d'études plus répandu dans la communauté juive ? Ces écrits reflèteront-ils la diversité du spectre des victimes de la Shoah ? L'étude sociologique des écrivains, si elle est possible, permettra peut-être d'éclairer également ce sujet. De plus, la grande qualité de ces journaux est qu'ils sont, à priori, de nature poly thématique. Ainsi, les jeunes diaristes abordent quantité de thématiques centrées sur la vie personnelle : vie quotidienne (subsistance, éducation, loisirs), familiale amoureuse, sexuelle mais également centrée sur les évènements extérieurs qui prennent certainement de plus en plus de place dans la vie du diariste à mesure que l'on s'avance dans la guerre : invasion, occupation, discriminations, transfert, enfermement, violences, disparitions, rumeurs Il semble également logique de s'attendre, à la lecture de ces écritures du moi, à des réflexions personnelles profondes sur l'avenir, les émotions, les rêves. Enfin, il faudra s'interroger sur la temporalité présente dans ces journaux. Les temporalités sont-elles identiques à celles des adultes ? Les ruptures visibles dans leurs journaux correspondent-elles aux nôtres, à celle des adultes de l'époque ? Comme d'autres études (plus circoncises ou sur d'autres conflits) l'ont déjà montré, les temporalités des diaristes-adolescents sont très différentes de celles des adultes et certainement très différentes en fonction des aires géographiques qui ne sont pas touchées en même temps par les mêmes évènements, politiques ou militaires. Ainsi ces journaux devraient permettre une réelle compréhension de la façon dont les évènements sont perçus, vécus, appréhendés par les jeunes et les actions qui en découlent Le journal intime doit être étudié également sur la forme, l'artefact en lui-même, mais aussi la linguistique car cela joue un rôle important dans la compréhension de l'écrit lui-même. En effet, « La condition fondamentale de la compréhension d une communication donnée est de la voir comme une pratique particulière dans un contexte particulier, réalisée avec l'utilisation d'un support spécifique et conditionnée par des modèles d'expression façonnés culturellement » Ainsi, essayer d'approcher les journaux originaux, pour y détecter les traces de ruptures, de modifications de l'écriture, les ajouts graphiques sont des éléments ajoutant à la compréhension du tout. Il faudra également se pencher sur les conditions de ses productions car tenir un journal est synonyme de mort dans certaines parties de l'Europe (camps, ghettos), se procurer le matériel nécessaire relève de l'exploit en raison de l'absence de tout En ce qui concerne les limites géographiques : nous retiendrons les limites de l'Europe Nazie c'est à dire celle de l'Europe envahie, occupée mais également des celle des pays alliés qui imposent à leurs population une politique similaire à celle du nazisme.