Accompagnement psychologique du deuil traumatique pour les survivants du suicide
| Auteur / Autrice : | Joanne Dubail |
| Direction : | Marie-Claire Gay |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Psychologie |
| Date : | Inscription en doctorat le 25/09/2024 |
| Etablissement(s) : | Paris 10 |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Connaissance, langage et modélisation |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Clinique Psychanalyse Développement |
Résumé
Cette thèse s'inscrit dans la continuité des travaux de master portant sur les « survivants du suicide », ces personnes endeuillées par le suicide d'un proche. La postvention consiste à prendre en charge ces « survivants-victimes » (Shneidman, 1969). Deuil intrinsèquement traumatique, le deuil après suicide est en effet plus susceptible de se compliquer, c'est-à-dire d'être particulièrement intense et de durer. Cette complication du deuil peut s'exprimer sous des formes symptomatiques multiples (deuil prolongé, stress post-traumatique, dépression, anxiété, suicidalité, etc.) qui ne dépassent pas nécessairement les seuils diagnostiques. Malgré une prévalence élevée du deuil après suicide (cf. méta-analyse d'Andriessen et al., 2017), peu d'études ont été publiées sur les interventions psychologiques répondant à ce besoin (cf. revues systématiques de Maple et al., 2018 ; et d'Andriessen et al., 2019). L'objectif de cette thèse est donc de construire et expérimenter une psychothérapie dédiée aux survivants du suicide, avec une approche processuelle et transdiagnostique qui s'extraie d'un cadre pathologisant le deuil. Nous partirons des travaux de master pour les prolonger, dans une première phase qui se veut exploratoire et qui combine entretiens et questionnaires, avec pour but de faire ressortir les processus cognitivo-émotionnels au centre de la souffrance de ce deuil très spécifique et à cibler dans un cadre psychothérapeutique. Nos premiers travaux ont déjà identifié des processus prégnants tels que la culpabilité, la honte, la colère et la quête de sens ainsi que la stigmatisation perçue et le trauma ; confirmant les recherches menées jusque là. En même temps, nous observons aussi une mise en sens chez certains survivants, que l'on peut conceptualiser comme de la croissance post-traumatique, selon le modèle de Tedeschi et Calhoun adapté au deuil (2004 ; 2010). Cette transformation de soi permet de se réengager dans un quotidien porteur de sens, après la crise existentielle vécue suite au suicide. Les émotions positives (p.e. gratitude, amour) médiatisent ce cheminement (Boyraz et Efstathiou, 2011) car elles permettent de constituer des ressources (Fredrickson, 2001). Pour les activer chez les survivants, nous avons trois pistes : i) développer la pleine conscience de l'instant présent (Eisma et Stroebe, 2021) ; ii) soutenir la bienveillance envers soi (Neff, 2003) et iii) cheminer vers le pardon (Levi-Belz et Gilo, 2020) ou a minima vers la clémence. Nous faisons ainsi l'hypothèse qu'une psychothérapie centrée sur le processus de croissance post-traumatique (critère principal) devrait contribuer au rétablissement des survivants du suicide et, de manière indirecte, à l'amélioration de la symptomatologie de deuil compliqué (critère secondaire). Nous complèterons cette conceptualisation et construirons sur ces bases une intervention psychologique dédiée dont nous testerons l'acceptabilité et la faisabilité auprès des survivants du suicide à travers une étude pilote, seconde étape du projet. Notre approche se veut ainsi longitudinale, afin d'intégrer la perspective dynamique inhérente à la notion de deuil.