Thèse en cours

conflits, changement climatique et financespubliques en Afrique Subsaharienne (ASS)

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Auteur / Autrice : Ilass Ouedraogo
Direction : Samuel Guerineau
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Sciences Economiques
Date : Inscription en doctorat le 01/10/2024
Etablissement(s) : Université Clermont Auvergne (2021-...)
Ecole(s) doctorale(s) : Sciences Economiques, Juridiques, Politiques et de Gestion
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre d'Etudes et de Recherches sur le Développement International

Résumé

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Les conflits et le changement climatique représentent aujourd'hui des menaces majeures pour la réalisation des Objectifs de Développement Durable (ODD). Selon le FMI (2022), près d'un milliard de personnes vivent dans des États fragiles en proie à des conflits, soit presque le double d'il y a vingt ans. La Banque mondiale (2020) souligne qu'environ 30 pays, principalement à faible revenu ou à revenu intermédiaire, connaissent une fragilité chronique, avec une forte concentration en Afrique subsaharienne (ASS). Après une baisse entre 2000 et 2010, les conflits, notamment terroristes, se sont intensifiés en Afrique de l'Ouest. La Banque Africaine de Développement (2015) indique que plus de 250 millions de personnes en Afrique sont affectées par cette fragilité, qui menace particulièrement la Corne de l'Afrique, le Sahel, l'Union du Fleuve Mano ainsi que la région des Grands Lacs et d'Afrique centrale, avec en toile de fond les effets du changement climatique. Le lien entre conflits et développement économique est complexe et débattu. Si l'idée dominante est que les conflits nuisent au développement, certains auteurs montrent qu'ils peuvent aussi stimuler la construction étatique via la fiscalité. La théorie du « war-making/state-making » (Hintze, 1975; Tilly, 1985) souligne que les guerres, surtout interétatiques, ont parfois renforcé la capacité fiscale des États européens en rendant les citoyens plus enclins à accepter une hausse des impôts (Rasler et Thompson, 1985). En revanche, les conflits internes sont généralement considérés comme destructeurs pour les ressources de l'État et son fonctionnement (Centeno, 1997; Bellows et Miguel, 2006), entraînant des performances économiques dégradées et affaiblissant le monopole de la violence légitime (Blattman et Miguel, 2010). Pourtant, certains travaux récents (Rodríguez-Franco, 2016; Collier et Hoeffler, 2004; Rotberg, 2003) suggèrent que ces conflits internes peuvent, dans certaines situations, jouer un rôle catalyseur dans la consolidation étatique, notamment en renforçant la légitimité fiscale. Des exemples d'États forts issus de conflits internes ont été observés en Afrique de l'Est et en Asie du Sud-Est (Slater, 2010; Weinstein, 2005). Par ailleurs, le changement climatique, en freinant la croissance économique via des chocs d'offre (Stern, 2008; Botzen et al., 2019), compromet la capacité des États à mobiliser des ressources fiscales et à emprunter (De Bandt et al., 2021). Zenios (2022) identifie trois voies par lesquelles le climat affecte les finances publiques : les coûts directs des dommages et de l'adaptation, les effets négatifs sur la croissance et la stabilité financière, et la réévaluation des actifs. Les conflits aggravent cette situation par la hausse des dépenses militaires, la réduction des bases fiscales et l'augmentation de la dette. L'ensemble de ces facteurs pèse lourdement sur les finances publiques. Ce travail s'inscrit donc dans une perspective qui explore comment les conflits peuvent influencer la construction de l'État via la modernisation fiscale, en intégrant également l'impact du changement climatique. Il se distingue par une analyse approfondie du consentement à l'impôt, des dépenses et de la dette publique, et mêle approches microéconomiques (Chapitre 1) et macroéconomiques (Chapitres 22 et 3).