A l'ombre des héros : Les femmes du Lot et la Résistance - Reconnaissance, Mémoires, Silences, Résurgences, Oubli et Histoire
| Auteur / Autrice : | Sarah Chabert |
| Direction : | Jean Vigreux, Frédéric Monier |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Histoire |
| Date : | Inscription en doctorat le 15/10/2024 |
| Etablissement(s) : | Dijon, Université Bourgogne Europe |
| Ecole(s) doctorale(s) : | SEPT - Sociétés, Espaces, Pratiques, Temps |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Laboratoire Interdisciplinaire de Recherches |
Mots clés
Mots clés libres
Résumé
Si l'on se penche sur la mémoire de la Résistance à l'oppresseur nazi en France, on constate qu'un modèle d'héroïsme militaire a contribué à rejeter dans l'ombre des résistants qui ont contribué à la victoire, notamment les femmes, dont le rôle dans la Résistance a longtemps été sous-estimé. Le département du Lot a fait l'objet de plusieurs études, notamment d'une thèse de Pierre Laborie portant sur les mentalités pendant la guerre. Mais le rôle joué au niveau local par les femmes, leurs interactions avec les autres résistants, ainsi que leur place dans la mémoire, ont été à ce jour peu étudiés. Nous pouvons appréhender la contribution des femmes à la Résistance à travers différents critères : les fonctions occupées, l'âge, les catégories socio-professionnelles, l'ancrage géographique, la Résistance en couple ou au sein de cellules familiales. Certains concepts tels que la morale, la charité chrétienne, le care peuvent peut-être nous permettre d'y voir plus clair sur les motivations de ces femmes qui s'engagent dans des actions dangereuses auxquelles les normes sociales de leur époque ne les ont pas toujours préparées. Après la Libération, le statut des résistants et résistantes, la reconnaissance qui leur est accordée et leur place dans la mémoire collective peuvent être appréhendés à travers des supports d'information différents : les monuments et les plaques, les toponymies, les commémorations, les discours politiques, les hommages et citations. Ces différents supports d'information dessinent des cercles de mémoire et d'oubli ayant leurs spécificités propres. Les demandes de Cartes de Combattants Volontaires de la Résistance conservées dans le fonds de l'O.N.A.C éclairent la question de la reconnaissance du statut des résistantes et de ses modalités, et peuvent être comparées à d'autres dossiers d'homologation. Les livres écrits par les témoins, la littérature constituent une source précieuse. On peut comparer le récit que livrent les femmes de leurs propres actions et la manière dont celle-ci est décrite par leurs homologues masculins. L'historiographie universitaire et locale peuvent être comparées afin de saisir les spécificités d'une mémoire régionale de la Résistance, l'historiographie nationale d'un sujet influant sur l'historiographie locale. Le rôle des militants de la mémoire doit être interrogé. Dans cette perspective, étudier les résurgences de la mémoire, qui sont en réalité des recompositions du récit mémoriel et ce qui les conditionne est essentiel. Internet joue également un rôle important dans le rapport à l'information de nos contemporains, on y trouve des sites scientifiques réalisés par un collectif de spécialistes et des sites qui reposent sur une forme de collaboration informelle. On peut d'ailleurs se demander dans quelle mesure reconnaissance d'un statut équivaut à mémoire et dans quelle mesure mémoire équivaut à intérêt de l'historien pour un objet d'étude. Au cours de ses recherches, l'historien se trouve confronté à un réseau complexe de témoignages et d'archives, certaines bien balisées, d'autres ne renvoyant pas une impression de clarté ou de légitimité immédiate. Les liens entre oralité et pratiques de l'écrit sont centrales pour l'histoire de la Résistance et le choix de ce qu'il importe de retranscrire ou non est un élément capital pour saisir les mécanismes à l'uvre dans l'écriture de cette Histoire. En ce qui concerne la Résistance féminine, le poids des catégories mentales apparaît dans toute son importance. Un des problèmes soulevés par notre sujet est en effet de savoir s'il faut toujours définir le statut de résistante à partir des critères qui servent généralement à évaluer la Résistance masculine. Aussi, paraît-il nécessaire de ne pas limiter strictement notre approche aux femmes homologuées comme résistantes mais plutôt de nous interroger sur les rapports, complexes, féconds mais parfois aussi difficiles, qui ont pu exister entre les femmes et la Résistance.