L'obligation collective. Étude sur la résurgence et la nature des devoirs des individus en société de « communs »
| Auteur / Autrice : | Julia Ambrosio |
| Direction : | Jean-françois Joye, Flora Vern |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Droit Public |
| Date : | Inscription en doctorat le 01/10/2024 |
| Etablissement(s) : | Chambéry |
| Ecole(s) doctorale(s) : | Cultures Sociétés Territoires |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Centre de Recherche en Droit Antoine Favre |
Mots clés
Mots clés libres
Résumé
Ce projet de recherche doctorale s'inscrit dans le cadre des réflexions menées à l'échelle nationale comme internationale sur la réinscription des communs (ruraux et urbains) dans le droit positif, sur la reconnaissance de leurs spécificités juridiques et sur la compréhension de leurs différentes implications sociologiques. On sait que la dynamique des communs ébranle la puissance publique dès lors que celle-ci entend monopoliser la définition comme la réalisation de ce qui relève de la sphère de l'intérêt général. Dans le contexte des phénomènes de propriété ou de jouissance collectives, en particulier, elle peine à porter considération à l'expertise des collectifs d'habitants ou de professionnels. Or, par le « concernement » et l'implication des individus, les communs réveillent les contributions de chacun à prendre soin de son environnement territorial de vie, et pas seulement de son « chez soi » puisque dans ces systèmes, espace social et espace foncier s'intriquent de manière très étroite. Le sujet revêt donc un profond enjeu social en vue d'améliorer le vivre ensemble, la qualité relationnelle, l'entraide et la capacité d'agir des groupes sociaux dans des sociétés parcourues par de nombreuses crises sociales ou identitaires. Dès lors, un travail de recherche doit être engagé afin d'observer de près les mécanismes par lesquels les ayants droit des communs fonciers s'obligent collectivement, les uns envers les autres, à ce que chacun s'acquitte individuellement de diverses obligations liées à l'entretien ou la gestion du foncier et du bâti dont ils ont la jouissance commune et dont ils tirent des fruits ou des avantages en nature : eau, bois, jardins, alpages, utilisation de lieux, etc. Ces obligations sont à mettre en lien avec la persistance de communs fonciers, notamment en territoire de montagne où ils permettent la gestion pérenne et durable de la ressource foncière, l'entretien des chemins, des pâturages, la réparation des cabanes de berger, le débroussaillage ou encore l'affouage dans les zones boisées. Si certaines obligations s'apparentent à de simples abstentions la limitation du nombre de bêtes menées en alpage , d'autres contiennent des obligations positives, en nature ou par équivalent financier. Liées à la jouissance du foncier, ces obligations sont l'expression contemporaine des anciennes « corvées » (travail commandé, redevance corporelle) dont la réalisation périodique est imposée par la communauté à ses membres. Le temps dédié au collectif, le temps passé à « faire ensemble » souvent convivial fonde aussi un sentiment d'appartenance, qui supplante largement l'idée d'une contrainte. Ces devoirs ne sont pas punitifs et permettent de projeter la vie du commun après soi et de transmettre le commun intact aux générations futures. Centrales à la gouvernance des communs fonciers et à l'existence d'un « vivre ensemble » en leur sein, ces obligations collectives n'ont jamais été étudiées, notamment parce qu'elles s'imposent à tous les membres de la communauté (et non à des individus nommément désignés) et n'ont pas de valeur patrimoniale directe : outre la difficulté d'évaluer des prestations non-marchandes effectuées en nature, le « commun » foncier qui en bénéficie est parfois une entité diffuse, non-personnifiée, appartenant aux ayants droits en général. Elles interrogent ainsi la théorie générale de l'obligation, souvent envisagée comme personnelle et individuelle, alors que l'obligation semble ici se nouer autour de la jouissance d'un droit réel collectif, dont la conceptualisation par le droit des biens reste, à ce jour, profondément lacunaire sinon inexistante. Ces devoirs liés à l'entretien du foncier et des ressources naturelles qu'il comporte posent aussi la question de la reconnaissance de ce travail par la puissance publique et de son articulation avec l'action des collectivités territoriales.