Les fabriques des chiffres sur les criminalités : Une sociologie mise en pratique
| Auteur / Autrice : | Keltoume Larchet |
| Direction : | Bruno Milly |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Sociologie Anthropologie |
| Date : | Soutenance le 04/12/2024 |
| Etablissement(s) : | Lyon 2 |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Sciences sociales (Lyon ; 2007-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : CMW- Centre Max Weber |
| Jury : | Président / Présidente : Bertrand Ravon |
| Examinateurs / Examinatrices : Marion Guenot | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Emmanuelle Leclercq, Jerôme Pelisse |
Mots clés
Mots clés contrôlés
Mots clés libres
Résumé
Prenant comme matériaux la pratique professionnelle de mesure des criminalités que nous exerçons dans deux institutions depuis une dizaine d’années, cette thèse en validation des acquis de l’expérience (VAE) analyse cette mesure comme la fabrique de chiffres qui tiennent plus ou moins solidement. Une telle thèse revient à mettre à distance aussi bien l’idée selon laquelle les chiffres de la criminalité seraient vrais de façon objective et définitive, que l’idée selon laquelle ces chiffres seraient arbitraires au point qu’on pourrait leur faire dire tout et son contraire. Prenant appui sur les résultats de la sociologie de la quantification telle qu’Alain Desrosières, entre autres, l’a définie et travaillée, la thèse endosse la conception selon laquelle les chiffres sont construits, dans leur rapport à la réalité qu’ils mesurent, de façon plus ou moins solide ; ce qui revient à les analyser aussi depuis les dynamiques de critiques et de controverses dans lesquelles ils peuvent être pris. La première partie porte ainsi un regard macro sur la quantification des criminalités en France. Elle revient sur la dynamique des critiques ayant conduit d’une mesure prenant appui sur les données institutionnelles à une mesure prenant appui sur une diversité de sources, la question du chiffre noir ayant été centrale dans l’élaboration de nouveaux instruments de mesure comme le sont les enquêtes de victimation. La deuxième partie porte un regard méso sur les organisations dans lesquelles nous avons travaillé. Elle analyse les différences voire les divergences dans les manières de quantifier les criminalités existant, depuis notre point de vue, entre l’institution policière, la criminologie, la statistique publique et la sociologie. La troisième partie porte un regard micro sur nos pratiques de quantification. Elle explicite les supports que nous avons mobilisés pour tenter de faire tenir les chiffres concernant deux phénomènes particuliers : les insultes, à partir d’une analyse statistique textuelle d’enquêtes de victimation, et les homicides volontaires, à partir de données opérationnelles de Police judiciaire. Analyser ces dynamiques diverses de fabrique des chiffres des criminalités conduit finalement à éclairer quatre opérations permettant d’évaluer le degré de solidité d’un chiffre et d’ainsi le rendre discutable : la catégorisation du phénomène, l’identification des sources les plus adéquates à la réalité étudiée, le codage comme mise en variables et le codage comme collecte.