Thèse soutenue

Politiques publiques et référent islamique : les cas des Partis de la justice et développement turc (AKP) et marocain (PJD) dans une perspective comparée

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Auteur / Autrice : Lalla Amina Drhimeur
Direction : Haoues Seniguer
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Science politique
Date : Soutenance le 26/09/2025
Etablissement(s) : Lyon 2
Ecole(s) doctorale(s) : ScSo - Sciences Sociales
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Triangle. Action, Discours, Pensée politique et économique (Lyon ; 2005-....)
Jury : Président / Présidente : Karine Bennafla
Examinateurs / Examinatrices : Gilles Pollet, Jean Marcou, Dilek Yankaya
Rapporteurs / Rapporteuses : Francesco Cavatorta, Myrian AïT-AOUDIA

Résumé

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Cette étude analyse l’ascension et l’évolution de l’AKP en Turquie et du PJD au Maroc, deux partis politiques à référentiel islamique ayant progressivement accédé au pouvoir en adaptant leur discours et leurs stratégies à leur environnement politique et socio-économique. L’objectif est d’examiner comment ils ont concilié leur référentiel idéologique avec les exigences concrètes de l’exercice du pouvoir, et comment cette articulation a, en retour, influencé leur idéologie ainsi que leurs politiques publiques.Ce projet s’appuie sur la littérature consacrée aux partis politiques opérant dans des contextes contraignants et apprenant à naviguer entre dynamiques locales et internationales. Il mobilise une méthodologie combinant l’analyse documentaire, des entretiens qualitatifs, et une approche comparative fondée sur le modèle des « systèmes les plus différents ».Une fois au pouvoir ou aux affaires, l’idéologie de l’AKP et du PJD a évolué sous l’effet de la compétition électorale et des contraintes institutionnelles. Les deux partis ont privilégié une approche pragmatique et une logique de survie pour se maintenir au pouvoir. À l’instar d’autres mouvements islamistes ailleurs, ils ont progressivement adopté une orientation économique néolibérale, centrée sur la libéralisation des marchés et l’attraction des investissements étrangers. Cette inflexion a parfois désenchanté leur base électorale traditionnelle, attachée aux valeurs conservatrices. Pour tenter de la fidéliser, ils ont eu recours à un discours moralisateur et ont cherché à institutionnaliser la charité. L’islam devient alors un cadre éthique accompagnant le néolibéralisme, plutôt qu’une alternative idéologique à celui-ci.En matière de politique étrangère, ces partis ont renoncé à un projet islamiste de type transnational ou internationaliste pour adopter une posture nationaliste et pragmatique. L’AKP et le PJD ont recouru à un discours civilisationnel opposant le monde musulman à l’Occident, mais à des fins distinctes : l’AKP a utilisé ce registre pour marginaliser l’opposition intérieure, tandis que le PJD l’a mobilisé pour contester, symboliquement, l’hégémonie de la monarchie. Dans les deux cas, l’islam devient un instrument de soft power permettant à l’État de séduire la diaspora et de renforcer son influence sur la scène internationale.Le néoconservatisme et le populisme deviennent progressivement le nouveau visage de l’islamisme. Pour l’AKP comme pour le PJD, l’État est érigé en garant des valeurs religieuses et conservatrices. Les politiques publiques visent à façonner les citoyens selon une vision du monde normative. Les deux partis perpétuent une conception complémentaire des rôles de genre, dans laquelle les femmes sont assignées à la sphère familiale et se substituent partiellement à l’État dans les fonctions de soin et de protection sociale. Néanmoins, l’islamisme se féminise : la création de sections féminines et le rapprochement avec des organisations de femmes partageant leur idéologie constituent des instruments de légitimation et de mobilisation, leur permettant d’élargir leur base sociale et de diffuser leur vision du monde.À force de concessions, la philosophie politique originaire de ces deux partis perd en cohérence et en force mobilisatrice. Face à cette érosion idéologique, l’AKP et le PJD adoptent une stratégie populiste, opposant un « peuple pur » à une « élite corrompue ». Ce populisme leur permet non seulement de consolider leur pouvoir, mais aussi d’attirer de nouveaux électeurs en se présentant comme fidèles à leurs racines idéologiques. Il leur sert également à masquer leurs contradictions internes, notamment l’écart croissant entre leur discours idéologique et leurs politiques publiques effectives.