Les Directives anticipées (DA) : comment penser sa mort propre à venir ? : Faisabilité, intra et intersubjectivités, organisation institutionnelle
| Auteur / Autrice : | Anne Meunier-Bricout |
| Direction : | Nathalie Dumet |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Psychologie |
| Date : | Soutenance le 20/12/2024 |
| Etablissement(s) : | Lyon 2 |
| Ecole(s) doctorale(s) : | EPIC - Education, Psychologie, Information et Communication |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Centre de recherches en psychopathologie et psychologie clinique (Bron, Rhône ; 1993-....) |
| Jury : | Président / Présidente : Jean-Marc Talpin |
| Examinateurs / Examinatrices : Regis Aubry, Christophe Mariat | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Dolores Albarracin, Romuald Jean-Dit-Pannel |
Mots clés
Mots clés contrôlés
Résumé
En 2005, la loi Léonetti sur la fin de vie pose les premiers jalons du concept des directives anticipées (DA) : un écrit contenant les souhaits de poursuivre, limiter, arrêter, refuser des traitements médicaux. Les DA s’imposent sur l’avis médical depuis 2016.Une approche sociétale explique des fins de vie difficiles à traiter : un « mal-mourir » avec un « faire vivre » pour éviter un « laisser mourir ». Les DA pourraient-elles permettre une « mort partagée » en respectant les souhaits du patient ?La revue de la littérature scientifique met en évidence une difficulté dans l’abord des DA, tant du côté du patient qu’à l’endroit des équipes médicales, par la violence amenée dans le thème de la mort dont les DA sont attractives. De fait, les DA sont très rarement saisies. Puis, une approche psychanalytique permet de comprendre les aspérités de la mort chez le sujet depuis son corps, sa psyché, selon les âges de la vie puis face au processus du vieillissement. Comment intégrer les DA sans faire violence aux patients tout en prenant soin des équipes soignantes ? La psychologue propose de faire évoluer la culture institutionnelle du centre de dialyse (où elle exerce) dans le but d’intégrer les DA dans ses pratiques professionnelles. Une recherche-action sera développée. Elle mène des entretiens semi-directifs auprès des médecins et de deux groupes-patients. Les processus psychiques entre médecin, patient et personne de confiance sont mis à jour. Dans « l’alliance médecin-patient » et dans « l’alliance patient-personne de confiance » se tissent des liens de confiance dans la partie consciente avec des motions de meurtre et de suicide calfeutrées dans leur pacte dénégatif. Elle expose, selon une approche longitudinale, 19 cas cliniques de patients motivés par les DA : 8 dont la démarche n’a pas abouti ; 11 qui les ont écrites. Dans l’après-coup, elle a analysé et élaboré ces cas afin de cerner les enjeux intrapsychiques qui s’immiscent dans la relation intersubjective entre ces patients et la psychologue en lien avec les DA.Les résultats sont les suivants : sont abordés chez tous ces patients sur un plan explicite, leur état de santé, le vécu interne de leurs traitements, leur qualité de vie, la notion d’acharnement thérapeutique à leur endroit, les références à leurs proches, leurs demandes. Mais sur un plan implicite, parmi ceux qui ont écrit leur DA, sont déployés face à la mort réelle à venir, des pulsions de mort proportionnelles à leurs attitudes face à la maladie et ses traitements. Auparavant, leur ambivalence avait parfois laissé place à des agirs agressifs, voire à des passages à l’acte. Une fois élaborés leurs échanges, mort à venir et pulsionnalité sont différenciées. Se crée chez ces patients, une « harmonisation somato-psychique » au sein de leur réalité psychique interne à accorder avec la réalité externe : médecin et personne de confiance. Leurs souhaits se clarifient et s’énoncent dans leurs DA. Ils abandonnent la maitrise de leurs traitements et sur la mort à venir. Ils retrouvent un nouvel élan vital, même si l’arrêt des traitements demandé entraine le décès avec une prise en charge adaptée.Les patients sans DA craignent de provoquer leur mort à la prochaine complication s’ils présentaient des DA au médecin, un fantasme de suicide.En conclusion, les DA écrites permettent chez le patient la symbolisation de ses représentations de la mort et un accordage avec le médecin et la famille sur son devenir. La présentation de ses DA au médecin est l’occasion de faire évoluer leur alliance, en accueillant la mort, le moment venu. La recherche-action aboutit à un dispositif institutionnel de DA, généralisable et réplicable, concrétisé par des actions ouvertes aux patients et à leurs proches intéressés par les DA, avec des médecins et des soignants volontaires à s’y investir. Un questionnaire a été créé pour la faisabilité des DA en groupe et en individuel.