Soi-même comme une langue. L'autobiographe plurilingue et l'allemand épaillé : Elias Canetti, Hugo Hamilton, Denis Lachaud
| Auteur / Autrice : | Louise Sampagnay |
| Direction : | Eric Leroy du cardonnoy |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Langues et litteratures etrangeres |
| Date : | Inscription en doctorat le 20/09/2019 |
| Etablissement(s) : | Normandie |
| Ecole(s) doctorale(s) : | Normandie Humanités |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Equipe de recherche sur les littératures, les imaginaires et les sociétés (Caen) |
| Établissement co-accrédité : Université de Caen Normandie | |
| Jury : | Examinateurs / Examinatrices : Bertrand Cardin, Marc Lacheny, Dirk Weissmann, Christine Meyer, Alain Ausoni, Michael Cronin, Eric Leroy du cardonnoy |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Dirk Weissmann, Marc Lacheny |
Résumé
Cette thèse étudie les formes et les fonctions de l’identification de l’autobiographe plurilingue à la langue dans les language memoirs, terme d’Alice Kaplan que nous étendons à tout récit de soi où la multiplicité des langues est un thème autobiographique. Le corpus réunit l’autobiographie d’Elias Canetti (Die gerettete Zunge, Die Fackel im Ohr, Das Augenspiel), les memoirs de Hugo Hamilton (The Speckled People, The Sailor in the Wardrobe) et l’autofiction de Denis Lachaud (J’apprends l’allemand). Trois hypothèses de travail déplacent trois lieux communs des études plurilingues, ceux de la langue absente ou interdite, de la conscience métalinguistique et de l’altérité. Chaque partie se clôt sur le cas de l’allemand, langue marquée par le Troisième Reich, que les autobiographes « épaillent », c’est-à-dire dispersent en éclats, pour qu’un soi puisse, suivant le mot employé par Gaston Miron, se « rapailler ». La première partie établit l’attachement aux langues-personnages comme premier mode de l’identification : les théories de l’attachement (Bowlby, Ainsworth), transposées au récit de soi, remplacent le topos de la langue maternelle pour proposer l’idée de la langue-personnage, et l’allemand observé sous le masque historique de la Lingua Tertii Imperii décrite par Klemperer montre comment l’autobiographe épaille la langue pour s’identifier à elle. La deuxième partie dégage un second mode, la conscience de la langue épaillée : la conscience métalinguistique, dont une typologie va du phonème à la langue, disperse la langue-objet avant de conduire, par les pronoms, à l’identité-ipse. La troisième partie suit la métaphore de l’eau pour dire la langue, lexicalisée dans bien des idiomes et abondamment filée par le corpus : de l’eau-langue au soi-langue, la communauté-mer des autobiographes plurilingues conduit de l’identité-mêmeté à l’identité narrative et à l’ipséité au sens de Ricœur. L’autobiographe plurilingue s’identifie ainsi moins à des idiomes qu’à la langue comme objet littéraire mouvant, personnage, ou eau changeant d’état en reflétant les métamorphoses du soi. La conclusion générale rassemble les outils forgés et dégage trois fonctions de cette identification, constitutive, politique et prospective.