Mode de garde entre 0 et 3 ans et développement ultérieur de l'enfant
| Auteur / Autrice : | Alexandre Ramchandar Gomajee |
| Direction : | Maria Melchior |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Épidémiologie |
| Date : | Soutenance le 16/12/2024 |
| Etablissement(s) : | Sorbonne université |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Pierre Louis de santé publique : épidémiologie et sciences de l'information biomédicale (Paris ; 2000-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Institut Pierre Louis d'épidémiologie et de santé publique (Paris ; 2014-....) |
| Jury : | Président / Présidente : Farid El Massioui |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Franck Ramus, Christine Hamelin |
Mots clés
Résumé
En regard des connaissances sur les facteurs influençant le développement psychomoteur et comportemental de l’enfant, le temps passé dans un mode de garde pendant la petite enfance peut avoir un impact majeur, qu’il soit positif ou négatif. Un mode de garde de qualité peut ainsi contribuer à réduire les inégalités sociales en offrant à tous les enfants un environnement où ils pourront s’épanouir, atteindre leur potentiel, en bénéficiant de toute l’attention ou le soin dont ils ont besoin, dispensés par des adultes capables de répondre à leurs besoins essentiels. Le but de la première étude était d’explorer en France, à partir de la cohorte Elfe, le lien entre le mode de garde avant 3 ans et le développement de l’enfant à 3ans et demi, rapporté par les parents à travers l’inventaire du développement de l’enfant (IDE). Le score de l’IDE calculé a été transformé en quotient de développement qui permet de prendre en compte l’âge des enfants au moment de la mesure et ainsi repérer ceux ayant un possible ou un probable retard de développement. Après ajustement sur les caractéristiques des enfants, de la famille et des parents, comparativement aux enfants qui étaient gardés exclusivement par leurs parents, ceux qui étaient en mode de garde collectif ou chez une assistante maternelle étaient significativement moins susceptibles de présenter un retard de développement possible ou probable alors qu’il n’y avait aucune différence statistique entre les enfants en mode de garde informel (grands-parents, baby-sitter, nounou etc.) et ceux gardés exclusivement par leurs parents. L’objectif de la deuxième étude était d’analyser le lien entre le mode de garde avant 3 ans et le comportement de l’enfant à cinq ans et demi, rapporté par les parents à travers le « Strengths and Difficulties Questionnaire » (SDQ) qui contient 4 sous-échelles. L’enfant avait un trouble internalisé s’il avait un score au-dessus du seuil pathologique à l’échelle des troubles émotionnels et/ou l’échelle des troubles relationnels avec les pairs, et un trouble externalisé en cas de score pathologique à l’échelle des troubles de conduite et/ou l’échelle de l’hyperactivité. Après ajustement sur les caractéristiques des enfants, de la famille et des parents, comparés aux enfants qui étaient gardés exclusivement par leurs parents, il n’y avait pas de différence significative dans la survenue de troubles internalisés chez ceux dans un autre mode de garde. Cependant, les enfants en mode de garde informel ou chez l’assistante maternelle étaient plus à risque de troubles externalisés. Le mode de garde collectif était associé à moins de troubles internalisés chez les filles, les enfants issus de familles de classe moyenne, mais à un surrisque de troubles externalisés chez ces mêmes enfants. L’assistante maternelle était associée à troubles internalisés moins importants dans les familles de classe moyenne, mais à des troubles externalisés plus fréquents dans les familles les plus pauvres. Développer et favoriser l’accès d’un mode de garde de bonne qualité à tous les enfants peut aussi avoir plusieurs effets bénéfiques pour la société en permettant tous les enfants, indépendamment de leur milieu social, de pouvoir avoir les mêmes jeux et activités, dans un environnement stimulant, en présence d’adultes formés et d’autres enfants. En parallèle, cela donnerait plus de possibilités aux mères de familles de conserver leur emploi ou de travailler à plein temps. Cependant, ces 2 études montrent que faciliter l’accès ne suffirait pas à réduire les inégalités de santé et pourrait même l’accroître. Il est important de mettre en place des programmes spécifiques pour les enfants les plus démunis mais aussi comprendre la réticence de certains parents à utiliser les modes de garde formels. Et l’évaluation régulière de la qualité du mode de garde et son impact sur les enfants est crucial.