L'Art immersif comme réappropriation sensible et sensorielle du Patrimoine Culturel.
| Auteur / Autrice : | Charline Callet |
| Direction : | Patrizia Laudati, Paul Rasse |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Art |
| Date : | Inscription en doctorat le 12/10/2022 |
| Etablissement(s) : | Université Côte d'Azur |
| Ecole(s) doctorale(s) : | SHAL - Sociétés, Humanités, Arts et Lettres |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : LABORATOIRE DES SCIENCES DE L'INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION |
Résumé
Les Expositions Numériques Immersives (ENI) et, plus largement, les Arts Immersifs, témoignent d'une crise de la représentation (Daniel Bougnoux), où les modèles traditionnels de médiation culturelle vacillent face à l'émergence de nouvelles formes d'interaction entre le spectateur et l'uvre. Ces dispositifs, à travers une multitude de médias, d'images, de sons et de techniques narratives (tels que les récits ou le ''storytelling''), sollicitent un engagement actif du public. Ils génèrent des expériences qui transcendent la simple contemplation pour devenir des actes d'énaction (Francisco Varela et Humberto Maturana), où la cognition et la perception émergent de l'interaction dynamique entre l'individu et son environnement. Ainsi, les uvres immersives offrent un espace privilégié pour la réappropriation du patrimoine, permettant de repenser son appréhension et offrant des occasions uniques d'auto-identification et de revendications identitaires. Ces uvres transforment le rôle du spectateur en créant des espaces interactifs où celui-ci devient un véritable « spect-acteur », participant activement à sa propre expérience culturelle (Manifeste des arts immersifs, Anaïs Bernard). Qui sont ces visiteurs ? Quelles sont leurs attentes et leur niveau de connaissance des médias immersifs ? Quels sont leurs parcours culturels et leurs connaissances des médias immersifs ? Plus largement, quelles sont les répercussions de ces expériences sur leur perception du patrimoine culturel immatériel ? Le Manifeste des Arts Immersifs souligne l'importance de ces nouvelles pratiques artistiques, qui, en conjuguant multimodalité, technologie et narration, réinventent les relations entre l'uvre et le spectateur. Ces pratiques s'inscrivent également dans une démarche d'Éducation Artistique et Culturelle (EAC), soutenue par l'Éducation nationale, qui vise à promouvoir des valeurs d'empathie, de tolérance et d'inclusivité, tout en renforçant la cohésion sociale. Dans ce contexte, l'art immersif ne se contente pas d'élargir l'accès au patrimoine ; il le redéfinit en jouant sur les perceptions sensorielles, narratives et émotionnelles. Des artistes comme Jeffrey Shaw et Maurice Benayoun ont repensé l'interaction entre le public et l'uvre, créant des environnements où le public devient partie intégrante de l'expérience. Cette participation active renouvelle la relation au patrimoine. Plus récemment, des artistes comme Gianfranco Iannuzzi, à travers des projets tels que ceux de Culturespaces, ont contribué à populariser ces environnements immersifs. En jouant sur les sensations et les émotions, ces dispositifs permettent à chacun de s'identifier au patrimoine à travers son propre vécu et de tisser de nouvelles formes d'appartenance collective. L'omniprésence des écrans et l'utilisation de technologies de pointe bouleversent la perception du réel. Selon Bruno Monnier, directeur de Culturespaces, le numérique est devenu un formidable vecteur de diffusion, amplifiant les émotions et favorisant l'accès à un large public. En mettant en lumière le caractère collectif de la beauté, ces dispositifs invitent les visiteurs à une expérience esthétique partagée, où chacun peut « y trouver son compte avec sa propre grille de lecture ». Ils placent le visiteur au cur de l'expérience, permettant une approche kinesthésique et esthésiologique inédite, où chaque individu est invité à redécouvrir l'héritage culturel de manière plus intime et personnelle. Dans le domaine de la muséologie, des chercheurs comme Cécile Tardy et Dominique Poulot ont exploré les transformations des institutions muséales à l'ère numérique et leur impact sur la médiation culturelle. François Mairesse et Serge Chaumier ont également contribué à la réflexion sur les nouvelles pratiques muséographiques et leur rôle dans la construction du sens. Le concept d'AN-ICON de Jean Davallon souligne pour sa part l'évolution des modes de représentation dans les musées contemporains. Enfin, les théories d'Ernst Gombrich et de Rudolf Arnheim sur la perception et la cognition visuelles offrent un cadre pour comprendre comment ces nouvelles formes d'art immersif influencent notre compréhension et notre appréciation du patrimoine culturel.