Thèse soutenue

La santé mentale du père et le développement des enfants

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Auteur / Autrice : Honor Scarlett
Direction : Judith Van der Waerden
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Epidémiologie sociale
Date : Soutenance le 15/11/2024
Etablissement(s) : Sorbonne université
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Pierre Louis de santé publique : épidémiologie et sciences de l'information biomédicale (Paris ; 2000-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Institut Pierre Louis d'épidémiologie et de santé publique (Paris ; 2014-....)
Jury : Président / Présidente : Cédric Galéra
Rapporteurs / Rapporteuses : Paul Ramchandani, Natalène Séjourné

Résumé

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La transition vers la parentalité peut être une période difficile, accentuant de nombreux facteurs connus pour être associés aux troubles de santé mentale, tels que l'augmentation du stress, la réduction du soutien social et le manque de sommeil. Si la santé mentale des mères pendant cette période fait l'objet de nombreuses recherches, celle des pères reste peu étudiée et souvent négligée. En outre, les preuves selon lesquelles la santé mentale du père peut avoir un impact sur le développement ultérieur de l'enfant s'accumulent. Toutefois, les données ne sont pas cohérentes et l'influence des modérateurs contextuels reste indéterminée. Les résultats empiriques de cette thèse s'appuient sur deux cohortes : CONSTANCES, une cohorte nationale d'observation prospective à grande échelle, et SEPAGES, une cohorte plus petite de parents et d'enfants basée dans la région de Grenoble. Dans les deux cohortes, la santé mentale des pères a été évaluée à l'aide de questionnaires validés, avant et après la naissance, et ont inclus des mesures de l'anxiété et de la dépression. Dans SEPAGES, le développement socio-émotionnel et comportemental de l'enfant a été mesuré à deux et trois ans, à l'aide de divers outils d'évaluation et par des neuropsychologues qualifiés. Parallèlement à ces études, une revue systématique a également été réalisée, offrant une vue d'ensemble de la relation entre la santé mentale du père et le développement de l'enfant. Dans toutes les études, les facteurs sociaux, économiques et maternels ont été inclus lorsqu'ils étaient disponibles, et testés en tant que facteurs de confusion ou de modération. Dans la première étude, nous avons constaté que, parmi les pères primipares en France (n=6299), la santé mentale semblait se détériorer deux ans avant l'arrivée de l'enfant et s'améliorer deux ans après. Les niveaux d'anxiété déclarée (~6,5 %) dépassent ceux de la dépression (~2,7 %) ou d'autres troubles. Cependant, les taux de symptômes cliniquement significatifs (~22,1 %) étaient systématiquement plus élevés. Les facteurs de risque associés à l'aggravation de la santé mentale au fil du temps comprenaient le chômage, le fait de ne pas vivre avec son partenaire, les expériences négatives de l'enfance et les difficultés financières. Dans la deuxième partie de notre thèse, des méta-analyses groupées ont montré que la maladie mentale paternelle avait un effet négatif significatif sur tous les domaines étudiés du développement de l'enfant [OR: 1,54; IC (1,36-1,74)]. Cependant, la recherche se limitait principalement à la dépression paternelle au développement socio-émotionnel de l'enfant. Enfin, notre troisième étude n'a révélé aucune association significative entre l'anxiété et la dépression paternelles et le développement de l'enfant, que ce soit à deux ou à trois ans. Cette non-significativité peut s'expliquer par le statut socio-économique élevé de SEPAGES, 94 à 98 % des pères ayant un emploi et 98 % étant titulaires d'au moins un baccalauréat. La classe professionnelle des mères s'est avérée modérer l'association entre l'anxiété paternelle et de multiples domaines du développement de l'enfant. Les résultats présentés dans cette thèse mettent en évidence une vulnérabilité accrue aux troubles de santé mentale chez les pères dans les années entourant l'arrivée de leur premier enfant, avec une tendance aux symptômes d'anxiété. Étant donné que la majorité des facteurs de risque associés à la maladie mentale paternelle sont également connus pour être associés à un développement défavorable de l'enfant, certaines familles sont clairement exposées à des schémas intergénérationnels de difficultés. Les recherches futures devraient donc faire un effort concerté pour mieux inclure les familles à faible niveau socio-économique ou monoparentales. Le taux élevé de maladies mentales non diagnostiquées chez les pères souligne également la nécessité de renforcer l'éducation et de réduire la stigmatisation entourant la santé mentale paternelle.