De la gendarmerie française à la gendarmerie malgache : passation de pouvoir, transfert de compétence et omniprésence dans la construction de l'Etat malgache.
| Auteur / Autrice : | Eric Mihajary |
| Direction : | Arnaud-Dominique Houte |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Histoire moderne et contemporaine |
| Date : | Inscription en doctorat le 05/09/2018 |
| Etablissement(s) : | Sorbonne université |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Histoire moderne et contemporaine (Paris ; 1994-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Centre d'histoire du XIXe siècle (Paris ; 1958-....) |
Mots clés
Résumé
Dans ce projet de thèse, nous souhaitons approfondir et élargir nos recherches de Master dont le mémoire s'intitule : « De la gendarmerie française à la gendarmerie malgache : transfert de pouvoir et transfert de compétence (1950-1970) ». Notre problématique principale était de comprendre, en tenant compte des deux décennies déterminées, les faits liés à l'importance de la préparation de ce transfert de pouvoir et de compétence notamment en ce qui concerne : - la politique française qui a justifié le maintien et la perpétuation de la structure de la gendarmerie française de l'époque dans la nouvelle gendarmerie malgache ; - les raisons qui ont poussé les Français à se maintenir à la tête de la gendarmerie et dans les postes de commandement et de responsabilité pendant près d'une décennie après l'indépendance de Madagascar ; - les bénéfices tirés par les Malgaches de l'héritage de cette gendarmerie française. Madagascar retrouve son indépendance le 26 juin 1960 après une soixantaine d'années de colonisation française. Cette étape franchie, de nouvelles institutions voient le jour dans différents domaines. Se souciant de la continuité et afin d'assurer la stabilité, certaines sont même érigées avant la date de l'indépendance. Tel est le cas dans le domaine de la sécurité : la gendarmerie nationale est créée le 14 mars 1960 suivant le décret n° 60-102. Héritière de la gendarmerie française, elle se compose à l'origine de la garde de Madagascar mise en place en 1950 en remplacement de la garde indigène de Madagascar apparue en 1906, et des gendarmes malgaches ayant servi au sein de la gendarmerie française. La présence de la gendarmerie française à Madagascar remonte à la phase de conquête de la Grande Île en 1895 à travers un détachement prévôtal. Elle s'installe progressivement sous le général Gallieni avec l'implantation de la gendarmerie coloniale. Des brigades sont implantées dans plusieurs communes sous le commandement des différentes compagnies. Un groupement de gendarmerie est d'abord basé dans la capitale. La couverture spatiale et le maillage territorial se développent en fonction des besoins du pays et des exigences de la Métropole. Ce sera une structure bien établie et bien implantée qui sera transférée aux Malgaches après l'indépendance. Cette époque marquant la fin de la colonisation et le début de l'indépendance est une période charnière pour la gendarmerie. Elle verra la fin du commandement français sur ce territoire et la naissance d'une nouvelle gendarmerie créée et accompagnée dans ses débuts par l'ancienne structure. Notre projet est intitulé : « De la gendarmerie française à la gendarmerie malgache : passation de pouvoir, transfert de compétence et omniprésence dans la construction de l'Etat malgache dans la deuxième moitié du XXe siècle ». Il a pour ambition de mettre en exergue le rôle primordial de la gendarmerie nationale dans la construction de l'Etat malgache. Depuis la colonisation jusqu'à l'indépendance et ce, même jusqu'à la période contemporaine, certains officiers de la gendarmerie se distinguent en prenant part activement aux instances dirigeantes de la nation. A travers ces nominations à des postes de haute responsabilité, notamment à partir de 1972, ils sortent donc largement de leurs rôles militaires prescrits par les lois et règlements pour se verser dans la politique. A travers les régimes politiques qui se succèdent, il existe toujours un ou plusieurs officiers supérieurs voire des officiers généraux qui sont nommés ministres dans des départements de souveraineté, Premier ministre voire Chef d'Etat comme le cas du colonel Ratsimandrava. Ils sont toujours présents dans toutes les crises ayant marqué la vie de la République pour ne citer que celle de 1972. Pourtant, ce lien avec le monde politique est souvent décrié, à l'instar de cette mise en garde du Président Tsiranana lors de son allocution à l'Ecole Nationale de Gendarmerie de Moramanga, le 23 novembre 1961 « En outre, il vous est rigoureusement interdit de vous occuper de questions politiques » (Extrait). Philibert Tsiranana est le premier Président de la République de Madagascar. Il a non seulement contribué à la mise sur pied de l'armée malgache mais est aussi connu pour avoir une préférence particulière pour la gendarmerie par rapport aux autres corps militaires dont il s'en méfiait. Il y a lieu de noter que cette préférence pour les gendarmes serait par ailleurs liée à son chef d'état-major particulier, le colonel de gendarmerie Jean Bocchino. Un état-major créé par les Français, notamment avec l'aide de Jacques Foccart dans le but d'avoir une mainmise directe sur les affaires politiques et surtout militaires. Cette allocution est intéressante à deux niveaux : le premier, dans la mesure où Tsiranana voulait préserver la gendarmerie de la « chose politique » ; le second, cette préférence de l'ancien Président de la République mettait d'emblée la gendarmerie au cur même de l'arène politique. En effet, il nomme des gendarmes à des postes clés de la République et s'entoure du personnel de ce corps. Au final, force est de constater que ses intentions et la réalité en sont contradictoires. Cette situation découle de deux principales hypothèses qui résultent du statut particulier voire de l'essence même de la gendarmerie malgache. Une première hypothèse aurait trait à la devise de la gendarmerie malgache « Tanindrazana sy lalana » (Patrie et loi) ainsi que la définition de la mission principale de la gendarmerie, dès l'article 1 : « La Gendarmerie Nationale est une force constituée pour veiller à la sûreté publique, assurer le maintien de l'ordre et l'exécution des Lois et Règlements afin de protéger les institutions, les personnes et les biens. » Elle placerait les officiers de la gendarmerie sur un piédestal par rapport aux autres corps existants dans l'armée. En plus de faire partie intégrante des forces armées, seraient-ils des hommes de loi par conséquent lettrés, ce qui leur vaudrait un statut d'intellectuel se rapprochant de la notion de l'intellectuel organique selon Gramsci ? Une seconde hypothèse que nous pourrons éventuellement évoquer serait le lien des officiers de la gendarmerie avec le pouvoir politique. A Madagascar, les forces armées ont une longue relation, parfois conflictuelle, parfois incestueuse avec le pouvoir et l'Etat. Alors que, de par leur statut d'homme de loi, les officiers de gendarmerie acquièrent une neutralité et une rigueur dans l'imaginaire collectif, ce qui leur donnerait une légitimité dans les prises de pouvoir lors des crises politiques. De ce fait, les hommes politiques peuvent voir en eux une garantie de stabilité du Régime en place. Celle-ci résulte essentiellement de l'autorité dont font preuve ces officiers mais surtout de la solide base dont ils disposent dans les rapports entre la gendarmerie et la population. En effet, cette arme supposée d'élite est la plus ramifiée de toute l'administration et les Armes existantes. Outre les compagnies éparpillées à travers l'île, les brigades et les postes avancés sont implantés dans des zones reculées et parfois enclavées. Ils leur confèrent un statut paradoxal : une proximité avec la population et un lien étroit de confiance réciproque qui s'est détérioré avec le temps mais aussi avec la perception de la gendarmerie par la population comme un instrument de répression par le régime en place. A travers ce projet de thèse, outre l'approfondissement de l'intérêt et les bénéfices des deux parties dans ces transferts de pouvoir et de compétence, l'accent est mis sur l'omniprésence de la gendarmerie dans la construction de l'Etat. Ce volet embrasse aussi bien le volet politique et la stabilité ainsi que le développement économique. La gendarmerie ne se limite donc plus au domaine de la sécurité en général et celui de la protection des institutions, des biens et des personnes en particulier. Elle participe activement à la vie de la nation à travers son personnel placé dans les instances dirigeantes.