Thèse en cours

Les mutations sociopolitiques du comté d'Anjou durant la première moitié du XIIIe siècle

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Auteur / Autrice : Thibault Jouis
Direction : Frédérique Lachaud
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Histoire du Moyen Âge
Date : Inscription en doctorat le 01/10/2020
Etablissement(s) : Sorbonne université
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Mondes anciens et médiévaux (Paris ; 2000-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre Roland Mousnier (Paris ; 1999-....)

Résumé

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Mon projet de recherche s'inscrit dans la large historiographie consacrée aux domaines Plantagenêts et leur sort après la conquête de 1204, en se concentrant sur cas du comté d'Anjou, mal connu et relativement peu étudié. La thèse a pour but d'éclairer les mutations sociopolitiques en œuvre dans la chute de ''l'empire'' Plantagenêt et le rattachement du val de Loire aux domaines capétiens. Outre les mutations institutionnelles et les bouleversements politiques, cette thèse a comme objectif d'analyser les spécificités de cet écosystème politique angevin dans un contexte (1174-1246) de crises politiques à diverses échelles. La spécificité du comté d'Anjou semble ainsi reposer sur la fluidité des relations entre les magnats et les puissances dominantes de cet espace, et celle-ci conduirait à une forme d'autonomie fluctuante du Grand Anjou (c'est-à-dire la réunion des comtés d'Anjou, du Maine et de Touraine). Afin d'éprouver cette hypothèse, ma recherche se place dans une démarche d'analyse multiscalaire de la recomposition des allégeances et des stratégies politiques : il s'agit en effet d'analyser aussi bien les manœuvres de négociation des magnats et des princes dans le cadre du conflit entre Plantagenêts et Capétiens, que de comprendre et expliquer les stratégies familiales et les options offertes aux acteurs soumis à ces mutations. Par ailleurs, cette recherche se place dans une démarche transnationale, qui se détache de la simple analyse de l'ensemble territorial que constitue le Grand Anjou. L'écosystème politique angevin, et les stratégies politiques ou familiales des acteurs le constituant, se déployant largement hors du comté. Dans le cadre de l'expansion anglaise dans les Îles britanniques, du caractère exceptionnel de l'étendue des domaines d'Henri II Plantagenêt, de l'expansion du domaine capétien, ou de la vivacité de l'idée de croisade au début du XIIIe siècle, les enjeux régionaux et globaux s'entremêlent, et leur articulation doit être au cœur de l'analyse des mutations sociales de l'Anjou. Enfin, la place de l'aristocratie dans le gouvernement de l'Anjou et les relations entre ce territoire et les sociétés des espaces Plantagenêt et Capétiens nous poussent à analyser ces mutations dans le temps long des stratégies familiales et des évolutions lignagères. Cette recherche s'appuie donc sur une méthode prosopographique permettant d'éclairer les environnements sociaux et familiaux des principaux individus au cœur de ces jeux d'équilibre entre Plantagenêts et Capétiens. Leur gestion des conflits et des alliances familiales, éclairée par l'anthropologie, constitue en effet une mécanique de fond des tendances politiques de l'ensemble commun que constitue le Grand Anjou du XIIIe siècle. À partir de ce cadre méthodologique, ma recherche a pour objectif de construire un récit critique de la conquête de 1204 en Anjou, s'appuyant non seulement sur les chroniques, mais aussi l'analyse des choix des différents acteurs locaux impliqués dans le ralliement de l'Anjou aux Capétiens. Il s'agit ensuite de complexifier ce récit du ralliement, en mettant en avant les fluctuations de cette nouvelle affiliation, ainsi que les ruptures au sein de la société angevine. Le travail de thèse cherche donc autant à expliquer les comportements des familles et institutions s'étant clairement positionnés dans l'orbite capétien, que les stratégies des individus et familles étant demeurés fidèles aux Plantagenêts, allant jusqu'à l'exil et la recherche d'un nouvel équilibre au sein de l'aristocratie anglaise. L'analyse critique de l'ensemble de ces parcours doit permettre de dresser un tableau dynamique des mutations de la société angevine durant la première moitié du XIIIe siècle, afin de comprendre l'impact des bouleversements politiques au plus près des expériences individuelles.