Expressions dramaturgiques du traumatisme dans le théâtre néo-hellénique contemporain. Représentations des expériences traumatiques à travers les personnages féminins face aux crises économiques et politiques en Grèce.
| Auteur / Autrice : | Elpis Aravantinou-zafeiri |
| Direction : | Constantin Bobas |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Langues, littératures et cultures africaines,asiatiques et d'autres aires linguistiques |
| Date : | Inscription en doctorat le 01/09/2023 |
| Etablissement(s) : | Université de Lille (2022-....) |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Sciences de l'homme et de la société |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Centre d'Etudes en Civilisations, Langues et Lettres Etrangeres |
Mots clés
Mots clés libres
Résumé
Ce projet de thèse explore les représentations dramaturgiques du traumatisme dans le théâtre néo-hellénique, en se focalisant sur les figures féminines confrontées aux crises socio-politiques et économiques de la Grèce moderne. Couvrant une période charnière de quarante ans (1978-2018), la recherche s'appuie sur un corpus de huit pièces néo-helléniques. L'objectif principal est de comprendre comment l'événement traumatique collectif de la période post-dictature (Metapolitefsi) jusqu'à la récente crise économique s'inscrit organiquement sur le corps féminin et transforme l'écriture théâtrale. Le traumatisme est d'abord défini dans sa dimension clinique comme une effraction du bouclier protecteur psychique (pare-excitation). Cependant, la thèse déplace rapidement cet axe vers le traumatisme social. Elle met en lumière le schéma antithétique entre la mémoire indélébile de la victime et « l'amnésie collective » imposée par le corps social. Dans la structure patriarcale occidentale, la femme est fréquemment reléguée au statut d'objet. Sur la scène contemporaine, son corps devient l'archive vivante de la violence historique, oscillant selon la dialectique du traumatisme : entre l'intrusion et la rétraction. Plutôt qu'une approche chronologique qui s'apparenterait à une simple histoire du théâtre, la thèse privilégie une structure thématique. Ce choix reflète la nature même du traumatisme, régi par la compulsion de répétition et les ruptures temporelles. L'analyse du corpus se divise en trois axes majeurs : La mémoire en ruines : À travers Je meurs comme un pays (D. Dimitriadis), À cause du visage (G. Dialegmenos) et À toi qui m'écoutes (L. Anagnostaki), ce volet examine comment l'Histoire décompose l'identité et comment la nostalgie ou l'errance agissent comme ultimes défenses face à une mémoire inassimilable. Le corps féminin violenté : En s'appuyant sur Le Mariage (M. Pontikas) et P.E.T.U.L.A. (L. Kitsopoulou), cette partie analyse les conséquences d'un corps chosifié et transformé en valeur marchande. Le mutisme absolu, le grotesque ou l'autodestruction y apparaissent comme des actes ultimes de résistance face au flux implacable du système. Identités précaires et hétérotopies : Face à la crise contemporaine, des pièces comme Famina (Y. Mavritsakis), Je veux un pays (A. Flourakis) et Méthodes révolutionnaires pour nettoyer votre piscine (Alexandra K*) dépeignent une dystopie néolibérale. L'espace scénique devient une hétérotopie foucaldienne, incarnant la quête d'une utopie impossible et un désir collectif de fuite. L'originalité de cette recherche réside également dans son approche générationnelle de l'Histoire grecque. Elle démontre que la Metapolitefsi, perçue initialement comme un horizon d'espoir et un changement salvateur par la génération de la dictature, est réévaluée par la génération de la crise. Pour cette dernière, il s'agit d'un continuum historique marqué par une accumulation de décisions politiques ayant précipité le pays dans l'impasse. Ainsi, à travers le prisme des personnages féminins, la thèse offre une lecture novatrice de la dramaturgie grecque, non pas comme un simple reflet de la réalité, mais comme le lieu par excellence où se négocie, s'articule et se confronte le traumatisme collectif.