Bien-être social et usages des médias: études qualitatives des interactions interpersonnelles dans les jeux vidéo multijoueurs en ligne et sur les réseaux sociaux numériques.
| Auteur / Autrice : | Laure-Emeline Bernard |
| Direction : | Didier Courbet |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Sciences de l'information et de la communication |
| Date : | Inscription en doctorat le Soutenance le 13/11/2025 |
| Etablissement(s) : | Aix-Marseille |
| Ecole(s) doctorale(s) : | Ecole Doctorale Cognition, Langage et Education |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Institut Méditerranéen des Sciences de l'Information et de la Communication |
| Jury : | Président / Présidente : Philippe Bonfils |
| Examinateurs / Examinatrices : Didier Courbet, Divina Frau-meigs, Sophie Jehel, Thilo Von pape | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Divina Frau-meigs, Sophie Jehel |
Résumé
Utilisés par plus de 5 milliards de personnes dans le monde, dont 52 millions en France, les médias sociaux font désormais partie du quotidien et suscitent des préoccupations importantes en matière de santé mentale et de bien-être. Or, les recherches, nombreuses, mettent en évidence à la fois des liens délétères et bénéfiques avec la santé mentale. Sintéresser au bien-être, considéré du point de vue de la santé mentale comme la capacité à réaliser les fonctions essentielles de lexistence humaine, permet de comprendre les usages, souvent diversifiés et complexes, des médias sociaux. Cependant, dans les recherches, les liens entre usages des médias sociaux et bien-être sont envisagés sous un angle essentiellement intrapersonnel à travers les composantes hédonique et psychologique du bien-être. Conceptualiser une composante sociale du bien-être permet dapporter une lecture plus contextualisée des usages des médias sociaux. En portant notre étude sur les interactions interpersonnelles, au cur des usages des médias sociaux, notre approche associe les dynamiques relationnelles du cadre conceptuel interactionniste, la composante microsociale et la théorie des usages et gratifications. Si les « usagers » cherchent à satisfaire des besoins individuels, nous les considérons avant tout comme des acteurs sociaux cherchant à satisfaire des besoins sociaux, notamment relationnels, dans les usages des médias. Dès lors, notre problématique porte sur le bien-être social comme conséquence des interactions interpersonnelles et collectives sur les médias sociaux. Épistémologiquement, nous nous inscrivons dans la recherche de significations des phénomènes sociaux par les acteurs en adoptant une démarche compréhensive. À partir du modèle de Keyes (1998), nous avons élaboré un cadre interprétatif du bien-être social adapté aux usages interactionnels des médias sociaux, intégrant les dimensions sociales et communicationnelles. Pour conceptualiser le bien-être social dans ces interactions et puisque ces pratiques sont massives, nous avons choisi dinterroger deux contextes communicationnels différents : les jeux vidéo multijoueurs en ligne (JVML) et les réseaux sociaux numériques (RSN). Ainsi, nous avons mené deux études qualitatives par entretiens en profondeur (1) auprès de 27 jeunes adultes usagers des RSN et (2) auprès de 17 jeunes adultes joueurs de JVML. Les résultats montrent que, dans les JVML comme sur les RSN, les interactions constituent une source majeure de bien-être en favorisant des relations sociales positives, le soutien social et la valorisation de lidentité sociale. Le bien-être social, bien que mobilisé différemment suivant les contextes, apparaît ainsi incontestable. Par ailleurs, les interactions dans les JVML et les RSN favorisent, à travers les liens sociaux ainsi renforcés, les composantes hédonique et psychologique du bien-être. À linverse, dans les situations conflictuelles, les dynamiques relationnelles peuvent affecter ces deux composantes. Le bien-être social entretient donc des liens étroits avec les deux autres composantes du bien-être. Enfin, dans les JVML comme sur les RSN, les modalités de la communication en ligne, notamment à travers la divulgation de soi, lauthenticité, le partage émotionnel et les normes sociales dexpression, jouent un rôle clé dans le bien-être social, quelles peuvent favoriser ou renforcer selon les contextes. En conséquence, nous présentons un modèle intégré et adaptable à différents contextes du bien-être social. Ce modèle met aussi en lumière les tensions entre les dimensions individuelles, hédonique et psychologique, et sociale du bien-être. Sa lecture originale et nuancée est concordante avec les résultats souvent contradictoires de la littérature des liens entre bien-être et usages des médias sociaux. Nous discutons enfin des limites et des perspectives nouvelles de recherche ouvertes pour le champ des Sciences de linformation et de la communication.